Managers

Hassan Boubrik, du contrôle des assurances à la tête de la CNSS

Hassan Boubrik, du contrôle des assurances à la tête de la CNSS

Hassan Boubrik est directeur général de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) depuis février 2021. Statisticien-économiste de formation, il a construit sa carrière à l'intersection de trois mondes que l'on associe rarement : la statistique publique, la finance institutionnelle et le contrôle des assurances. C'est cette accumulation qui lui a valu, en pleine généralisation de la couverture maladie obligatoire, d'être choisi pour piloter l'une des plus grandes caisses d'Afrique.

Hassan Boubrik : de la statistique au ministère des Finances

Hassan Boubrik est titulaire d'un diplôme de statisticien-économiste de l'École nationale de la statistique et de l'administration économique de Paris, l'ENSAE. C'est une formation exigeante, adossée aux mathématiques appliquées et à l'économétrie, qui produit des cadres capables de lire un système à travers ses flux : cotisations, assurés, sinistralité, ratios.

Après une première expérience dans le secteur privé, dont une brève période en marketing, il rejoint la fonction publique et occupe plusieurs postes de responsabilité au ministère des Finances. Il y deviendra, à partir de 2011, directeur des assurances et de la prévoyance sociale, un poste qui le place au contact à la fois des opérateurs du marché et de la réglementation. C'est à ce titre qu'il suit les caisses de retraites et le dispositif de protection sociale — connaissance qui, plusieurs années plus tard, lui sera reprochée de rien dans sa mutation vers la gestion.

CDG : trois postes de direction, une culture institutionnelle

Entre ces deux étapes ministérielles, Hassan Boubrik fait un passage décisif à la Caisse de Dépôt et de Gestion. Il y occupe successivement les fonctions d'administrateur directeur général de CDG Capital, secrétaire général de la caisse, puis directeur général de CDG Développement.

La direction d'une maison financière comme CDG Capital impose une discipline d'investissement et une lecture des marchés. Le secrétariat général d'un groupe public relève de la coordination, de la conformité et de la gouvernance. La direction de CDG Développement ramène enfin au terrain : infrastructures, accompagnement d'économies locales, mise en œuvre de programmes publics. Un dirigeant passé par ces trois postes sait lire un dossier sous ses angles financier, institutionnel et opérationnel.

Ce passage explique aussi sa connaissance fine de la maison qu'il dirige aujourd'hui : Hassan Boubrik a siégé au conseil d'administration de la CNSS avant d'en prendre la direction, une donnée relevée lors de sa nomination en 2021.

À la tête de l'ACAPS : réguler par le dialogue

En 2016, Hassan Boubrik est nommé par le roi Mohammed VI président de l'Autorité de contrôle des assurances et de la prévoyance sociale, l'ACAPS. Il y restera cinq ans, jusqu'en février 2021.

Son passage à la tête du régulateur est jugé, à l'unanimité des observateurs de l'époque, comme un exercice de fédération : il a privilégié le dialogue consensuel et le pragmatisme comme socle des chantiers réglementaires, plutôt que l'affrontement. C'est dans ce cadre qu'est déployée la solvabilité basée sur les risques, dit projet SBR, structuré autour de trois piliers — un chantier technique s'il en est, mais dont la réussite dépend de l'adhésion des compagnies qu'il régule.

Passer de l'une à l'autre, c'est changer de côté de la barrière : le contrôle des assurances veille sur la solvabilité des compagnies et la protection des souscripteurs, quand une caisse de sécurité sociale gère des millions d'assurés et des flux de cotisations.

CNSS : digitalisation et généralisation de la couverture

Le 11 février 2021, réuni au Palais royal de Fès, le Conseil des ministres acte la nomination de Hassan Boubrik à la direction générale de la CNSS ; il est officiellement installé dans ses fonctions le 15 février suivant. Il succède à un directeur général par intérim, dans un contexte chargé : la généralisation de l'assurance maladie obligatoire, la réforme des retraites et l'amélioration de la gouvernance des caisses.

Sous sa direction, la Caisse absorbe une montée en charge considérable. Selon les bilans présentés par le directeur général en 2025, le nombre de bénéficiaires de l'AMO est passé de 7,8 millions en 2020 à 24,7 millions en 2024, porté notamment par le basculement des assurés du RAMED vers l'AMO Tadamon fin 2022. Les dossiers traités quotidiennement ont progressé de 22 000 en décembre 2020 à plus de 110 000 en décembre 2024, tandis que le délai moyen de remboursement reculait de 12,4 jours en 2021 à 9 jours en 2024.

Le volet numérique y tient une place centrale. Le service Damancom, destiné aux employeurs, revendique plus de 430 000 entreprises adhérentes, un taux de déclaration et de paiement des salaires par voie numérique proche de 98 % et 99 % d'inscriptions de nouveaux salariés en ligne. L'application MaCNSS compte 5,4 millions de comptes activés et des millions d'attestations délivrées électroniquement ; l'application Taâwidatî dématérialise les remboursements ; les guichets de proximité absorbent désormais la très grande majorité des dossiers de remboursement, ramenant l'attente en agence à une dizaine de minutes. En mars 2025, le directeur général annonce devant la Chambre des représentants le passage de la feuille de soins à l'électronique.

Les employeurs trouveront dans nos ressources un complément directement utile : notre calculateur de cotisations CNSS et AMO, ainsi que notre calculateur de salaire brut net, traduisent en actes la mécanique de ces déclarations.

Restent des chantiers ouverts, qu'il assume publiquement : le régime des travailleurs non salariés, l'équilibre financier de la couverture maladie, la consolidation d'un schéma directeur informatique et l'exploitation de la donnée — y compris pour la détection des fraudes par apprentissage automatique. En avril 2026, il recevait encore la CGEM pour un échange sur la relation entre la Caisse et les entreprises, preuve que le dialogue demeure l'outil de travail qu'on lui connaît.

PériodeOrganisationFonction occupée
Début de carrièreMinistère des FinancesPlusieurs postes de responsabilité, puis directeur des assurances et de la prévoyance sociale à partir de 2011
Années 2000Groupe CDGAdministrateur directeur général de CDG Capital, secrétaire général de la CDG, directeur général de CDG Développement
2016-2021ACAPSPrésident, nommé par le roi Mohammed VI
Depuis février 2021CNSSDirecteur général
InternationalAfrica RePrésident du conseil d'administration, selon l'Atlas Magazine

Questions fréquentes sur Hassan Boubrik

Quel est le poste actuel de Hassan Boubrik ?

Hassan Boubrik est directeur général de la Caisse nationale de sécurité sociale. Sa nomination a été actée par le Conseil des ministres du 11 février 2021, et il a été officiellement installé dans ses fonctions le 15 février 2021. Il exerce encore cette responsabilité lors des échanges publics qu'il a tenus en 2025 et en avril 2026.

Quel a été le parcours de Hassan Boubrik avant la CNSS ?

Statisticien-économiste diplômé de l'ENSAE Paris, Hassan Boubrik a exercé au ministère des Finances, notamment comme directeur des assurances et de la prévoyance sociale à partir de 2011. Il a également été, au sein du groupe CDG, administrateur directeur général de CDG Capital, secrétaire général puis directeur général de CDG Développement, avant de présider l'ACAPS de 2016 à 2021.

Quels chantiers a conduits Hassan Boubrik à la CNSS ?

Son mandat coïncide avec la généralisation de l'assurance maladie obligatoire et la montée en charge associée : intégration de nouvelles catégories d'assurés, allongement du nombre de dossiers traités, digitalisation des services — Damancom, MaCNSS, Taâwidatî — et passage de la feuille de soins à l'électronique. L'allongement de la couverture et la qualité de service aux assurés restent les deux axes publics de son action.

Ce que retenir de l'action de Hassan Boubrik

À retenir : le parcours de Hassan Boubrik n'est pas celui d'un gestionnaire appelé en urgence, mais celui d'un régulateur devenu opérateur, qui a traversé la statistique, la finance publique et le contrôle avant de gérer un système à vingt-cinq millions d'assurés. Pour les managers marocains, la leçon tient dans la méthode — constituer une culture de travail sur la durée, puis l'appliquer à des chantiers dont la complexité tient moins à la technique qu'à l'organisation.

Et vous, dans votre secteur : vos processus de déclaration tiennent-ils encore face à une activité qui triple, ou attendent-ils le prochain pic pour basculer au numérique ?

R

Redaction

Auteur chez Maroc Entreprise