Le gouvernement marocain a annoncé, le 3 novembre 2026, un investissement de 2,3 milliards de dirhams dans le textile marocain. L'annonce a été faite par Omar Hejira, ministre délégué chargé du Commerce extérieur, à l'ouverture du salon Maroc in Mode, à la Foire internationale de Casablanca. Le projet doit dégager 7 000 emplois et destiner 80 % de sa production à l'exportation.
Il s'inscrit dans une stratégie plus large : produire davantage de tissus et de fils au Maroc, aujourd'hui importés à 80 %, et réduire la part du modèle de sous-traitance CMT dans les exportations de la filière. La 23e édition du salon, organisée par l'Association marocaine des industries du textile et de l'habillement (AMITH) avec CEMS-Global, réunit plus de 200 exposants issus de 25 pays sur 8 000 m², du 3 au 5 novembre.
2,3 milliards de dirhams investis dès 2027
Selon Omar Hejira, cet investissement de 2,3 milliards de dirhams sera déployé l'année prochaine. Le ministre a présenté le projet comme un moyen de renforcer la production nationale de matières premières et d'améliorer l'intégration de la chaîne de valeur textile. Les 7 000 emplois attendus sont créés autour de cette production, dont 80 % part vers l'exportation.
Pour un pays qui importe près de 80 % des tissus et des fils utilisés par ses industriels, changer de modèle veut dire ancrer des filières locales capables de fournir les intrants. Hejira a insisté sur un point concret : disposer de fournisseurs au Maroc protège les entreprises contre les fluctuations des coûts d'approvisionnement, quand tout dépend des marchés extérieurs.
Réduire la part du modèle CMT
L'annonce se joue sur un rapport de 77 %. C'est la part des exportations textiles marocaines réalisées dans le modèle CMT, où l'entreprise se limite à la coupe, l'assemblage et la finition d'un produit conçu et fourni ailleurs. Le gouvernement veut ramener ce ratio à 50 %, puis à 40 % et à 30 % au fil des années.
Passer sous la barre des 50 % suppose exactement ce que vise l'investissement annoncé : plus de tissus et de fils produits sur place, plus d'étapes ajoutées au Maroc avant l'expédition. C'est aussi le sens de la politique industrielle marocaine, qui cherche depuis plusieurs années à davantage de valeur ajoutée conservée dans le royaume (lire notre analyse de la politique industrielle marocaine).
Réduire le CMT ne veut pas dire fermer les ateliers de confection. L'atelier ne doit simplement plus être la seule étape marocaine du produit : la matière première, la teinture et le tissage prennent place dans la même chaîne, ce qui augmente la valeur ajoutée retenue localement.
La trajectoire annoncée se lit en plusieurs temps, avec un premier palier à 50 % avant les objectifs de 40 % et 30 %. Aucune date n'a été donnée pour ces étapes, mais le ministère a présenté le mouvement comme progressif, adossé au déploiement des investissements de production locale.
Le textile marocain en chiffres
Les données de l'AMITH donnent l'échelle du secteur : plus de 1 700 entreprises, environ 240 000 salariés, 66 milliards de dirhams de chiffre d'affaires dont 44 milliards réalisés à l'export. Abderrahim Chahid, ministre de l'Emploi et du Dialogue social, a précisé au même salon que le textile représente 24 % de l'emploi industriel national, avec une proportion de femmes estimée à 63 %.
Ces ordres de grandeur expliquent pourquoi la filière est suivie de près. Près d'un quart de l'emploi industriel, une main-d'œuvre majoritairement féminine et une forte exposition à l'international : le rythme de la montée en gamme se lit directement dans les exportations et dans les contrats des grands donneurs d'ordre.
Maroc in Mode 2026 : sommet et accords
L'édition 2026 n'est pas restée une vitrine. L'AMITH y a lancé le Med Atlantic Textile Summit, une plateforme qui rapproche industriels et organisations professionnelles des espaces méditerranéen et atlantique, avec des projets d'investissement et de coopération entre filières.
Trois protocoles ont été signés en marge de l'inauguration, avec des organisations professionnelles indienne, jordanienne et tchèque ; le partenariat indien comprend un volet technique et réglementaire.
Sur le salon, sept espaces thématiques couvrent la confection, les marques marocaines, les tissus, les machines et l'innovation, les produits chimiques, les accessoires et les services. L'édition 2026 se tient du 3 au 5 novembre, sous le haut patronage du roi Mohammed VI, selon l'AMITH.
Hejira a appelé les opérateurs à mieux tirer parti des infrastructures logistiques et portuaires du royaume et à diversifier leurs débouchés. Il a cité la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF), où le textile marocain dispose, selon lui, de l'expertise nécessaire pour gagner des positions.
Ce que cela change pour les entreprises marocaines
Pour les fournisseurs de matière première, la conséquence est directe : la demande de tissus, de fils, de produits chimiques textiles et d'accessoires va se créer localement plutôt qu'à l'import. C'est le point soulevé par Hejira quand il plaide pour des filières capables d'approvisionner l'industrie nationale.
Les exportateurs, eux, regardent leur marge. Le CMT rapporte peu parce que la valeur se crée en amont, hors Maroc. Ajouter des étapes avant l'exportation améliore le revenu par pièce, dans une filière où la compétitivité se joue au dirham près.
Le cadre fiscal compte aussi pour celles et ceux qui investissent : le projet de loi de finances 2027 fixe les règles qui s'appliqueront dès janvier (le PLF 2027 et ses effets sur les entreprises). Côté emploi, Salah Eddine Abkari, ministre délégué chargé de la Jeunesse, a mis l'accent sur l'employabilité des jeunes et sur les métiers du design, de l'innovation et de la digitalisation. Le gouvernement vise par ailleurs 250 000 emplois industriels sur le programme 2026-2031, a rappelé Abderrahim Chahid.
Questions fréquentes sur le textile marocain
Quel investissement a été annoncé dans le textile marocain ?
Le 3 novembre 2026, à l'ouverture de Maroc in Mode à Casablanca, le ministre délégué chargé du Commerce extérieur Omar Hejira a annoncé un investissement de 2,3 milliards de dirhams dans le textile-habillement. Le déploiement est prévu en 2027. Le projet doit créer 7 000 emplois et orienter 80 % de sa production vers l'exportation, tout en développant la production locale de tissus et de fils.
Pourquoi le gouvernement veut-il réduire le modèle CMT ?
Le modèle CMT (coupe, confection, finition) couvre 77 % des exportations textiles marocaines : le Maroc assemble des produits conçus et fournis ailleurs. L'objectif annoncé est de ramener cette part à 50 %, puis à 40 % et 30 %. Réduire ce ratio suppose de produire localement plus de tissus et de fils, aujourd'hui importés pour80 % des besoins des industriels.
Quelle est la taille du secteur textile marocain ?
Selon l'AMITH, le secteur regroupe plus de 1 700 entreprises et emploie environ 240 000 personnes. Le chiffre d'affaires atteint 66 milliards de dirhams, dont 44 milliards réalisés à l'export. Abderrahim Chahid, ministre de l'Emploi, a indiqué que le textile représente 24 % de l'emploi industriel national, avec une proportion de femmes estimée à 63 %.