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Ministre transition numérique : qui porte l'IA au Maroc ?

Ministre transition numérique : qui porte l'IA au Maroc ?

Depuis le 23 octobre 2024, une seule et même personne porte la double casquette du numérique et de la réforme administrative au Maroc : Amal El Fallah Seghrouchni, ministre déléguée auprès du chef du gouvernement. Chercheuse en intelligence artificielle de formation, elle a transformé un ministère longtemps perçu comme un rattrapage technique en point d'ancrage d'une stratégie datée et chiffrée. Ce portrait de la ministre transition numérique retrace son parcours, son portefeuille et les chantiers livrés, jusqu'à la réorganisation d'octobre 2026.

Qui est Amal El Fallah Seghrouchni, ministre transition numérique du Maroc ?

Amal El Fallah Seghrouchni a été nommée le 23 octobre 2024 ministre déléguée auprès du chef du gouvernement, chargée de la Transition numérique et de la Réforme de l'administration. Ce rattachement au chef du gouvernement place le dossier numérique au-dessus des logiques sectorielles. Avant la passation d'octobre 2026, elle dirigeait le seul appareil ministériel marocain entièrement construit autour de l'intelligence artificielle et du service public numérique.

Sa légitimité vient d'un itinéraire académique vérifiable, publié sur la page officielle du ministère : elle ne découvre pas les dossiers en prenant ses fonctions, elle les connaît depuis vingt ans.

Un parcours scientifique avant la politique publique

Avant d'entrer au gouvernement, elle dirigeait le Centre International d'Intelligence Artificielle du Maroc, la structure hébergée par l'Université Mohammed VI Polytechnique, connue aussi sous le nom d'AI Movement. Elle a été professeure à Sorbonne Université, où elle a passé quinze ans au sein de l'équipe Systèmes Multi-Agents du laboratoire LIP6. Doctorat et habilitation obtenus, elle a présidé la conférence AAMAS 2020, l'un des rendez-vous mondiaux de l'IA multi-agents, et siégé au comité scientifique COMEST de l'UNESCO. Le bilan éditorial est celui d'un chercheur actif : plus de deux cents articles scientifiques et trente-cinq thèses dirigées, selon son ministère.

Cela se voit dans le montage des chantiers : la conformité à la loi 05-20 sur la cybersécurité et à la loi 09-08 sur la protection des données a été intégrée dès la conception des services, pas après leur déploiement. Quand elle défend les small language models, moins énergivores que les grands modèles, on retrouve la logique d'une ingénieure.

Le portefeuille double de la ministre transition numérique

Le portefeuille est double. D'un côté, moderniser une administration longtemps perçue comme labyrinthique et rapprocher le guichet du citoyen. De l'autre, accélérer une économie numérique capable de placer le Royaume en position de hub africain. Les deux volets se répondent : sans services publics fiables, pas de confiance dans le numérique ; sans professionnels formés, pas de capacité à construire ces services en interne.

ChantierCe qui est annoncé ou livréSource et date
Digitalisation administrativePlus de 2 400 procédures digitalisées, organisées en plus de 660 parcours citoyens sur IdaratiLe360, 7 avril 2026
Idarati874 services en ligne et 2 533 actes administratifs accessiblesmmsp.gov.ma, 18 septembre 2026
Idarati X.0Wallet national, identité numérique et principe « once only », avec CNDP, DGSN et DGSSImmsp.gov.ma et Le360, avril 2026
Loi Digital X.0Cadre légal du numérique en cours d'examination au Secrétariat général du gouvernementLe360, avril 2026
Instituts JazariInstituts d'excellence lancés le 10 janvier 2026, groupement d'intérêt public de plus de 18 signataires, présents dans les 12 régionsLe360 et mmsp.gov.ma
Accord Mistral AISigné le 12 septembre 2025 à Rabat, premiers modèles en open source le 29 septembre 2026mmsp.gov.ma, 29 septembre 2026

La feuille de route IA : Maroc 2030 en ligne de mire

Les objectifs annoncés à l'horizon 2030 sont énormes : 100 milliards de dirhams de valeur ajoutée contribués au PIB, 50 000 emplois directs et indirects, 200 000 talents formés ou certifiés. Trois socles et dix programmes structurants donnent corps à ce cadrage, dont les instituts Jazari, la Data Factory et la Software Factory. L'ensemble est détaillé dans notre lecture de la feuille de route Maroc IA 2030, que nous ne reprenons pas ici.

Elle a présidé le 8 septembre 2026 à Rabat une présentation de l'état d'avancement de ce programme, et son ministère a organisé l'événement national « AI Made in Morocco ». Sur un an, le Maroc a gagné quatorze places dans l'indice mondial de préparation des gouvernements à l'IA, passant de la 111e à la 87e position selon l'échelle citée. Un indicateur de trajectoire, pas une fin en soi.

À Nouaceur, l'écosystème industriel rejoint la stratégie avec la Nexus AI Factory, implantée à Nouaceur, qui prolonge la logique de souveraineté au plus près des chaînes de valeur industrielles.

Économie numérique et attractivité : ce que chiffre le mandat

Le volet économique s'appuie sur l'offshoring, où une nouvelle circulaire vise à renforcer l'attractivité du Royaume : plus de 26 milliards de dirhams d'exportations en 2024, une croissance de 5,3 % au premier semestre 2025 et plus de 2 000 emplois créés depuis le début du mandat, selon les chiffres cités par la ministre. Oracle, Onepoint ou Nokia y développent des activités à forte valeur ajoutée, notamment en recherche et développement.

Du côté startups, le gouvernement a lancé des offres de venture building via Tamwilcom et des mécanismes de capital-risque. Au prochain GITEX Africa, 300 startups marocaines seront présentes, avec un financement public couvrant jusqu'à 95 % des frais de participation. Le pays s'est également engagé en septembre 2025, en marge de l'Assemblée générale des Nations unies, à devenir le hub digital arabo-africain de l'IA, un projet piloté par le ministère.

Compétences et inclusion : le volet qui décide de tout

« Nous ne sommes pas encore suffisants », résumait-elle au printemps 2026. L'objectif déclaré est de former plus de 27 000 talents dans le numérique d'ici 2030, avec 1 200 personnes formées chaque année en IA et en Internet des objets, un programme Job In Tech d'insertion professionnelle et un centre de cybersécurité ouvert avec la DGSSI à Rabat. La fédération de football, elle, s'est engagée à former 200 000 jeunes à l'IA d'ici 2030.

L'inclusion n'est pas un chapitre annexe. La 5G lancée le 7 novembre 2025 améliore la connectivité, mais le vrai sujet reste la littératie numérique. Les réponses esquissées sont concrètes : des chatbots qui expliquent les démarches oralement, des relais numériques de proximité, des campagnes d'acculturation auprès des jeunes de 8 à 14 ans. Le diagnostic est net : le Marocain n'est pas réfractaire au numérique, il veut être rassuré.

Octobre 2026 : ce qui change

Le 16 octobre 2026, avec l'entrée en fonctions du gouvernement d'Fatima Ezzahra El Mansouri, Ahmed Rahhou a été nommé ministre de l'Intelligence artificielle, de la Transformation numérique et de la Réforme de l'administration, le titre du ministère évoluant au passage. Ancien président du Conseil de la concurrence, il a reçu le portefeuille lors d'une passation organisée le 19 octobre à Rabat. Aïcha Guellaa, nommée ministre déléguée chargée de la Réforme de l'administration, complète l'organisation. Les chantiers décrits plus haut, wallet national, loi Digital X.0, instituts Jazari, accord Mistral AI, restent les mêmes : la suite se jouera sur leur exécution.

Questions fréquentes

Qui est la ministre transition numérique du Maroc ?

Amal El Fallah Seghrouchni a été nommée le 23 octobre 2024 ministre déléguée auprès du chef du gouvernement, chargée de la Transition numérique et de la Réforme de l'administration. Ancienne dirigeante du Centre International d'IA du Maroc (AI Movement, UM6P) et professeure à Sorbonne Université, elle a conduit les chantiers Maroc Digital 2030 jusqu'en octobre 2026.

Quels sont les chantiers les plus visibles de son mandat ?

Plus de 2 400 procédures digitalisées et 660 parcours citoyens sur Idarati, le wallet national Idarati X.0, la loi Digital X.0 en cours d'examination, les instituts Jazari lancés en janvier 2026, et l'accord Mistral AI du 12 septembre 2025.

Qui lui a succédé en octobre 2026 ?

Ahmed Rahhou, nommé le 16 octobre 2026 à la tête du ministère de l'Intelligence artificielle, de la Transformation numérique et de la Réforme de l'administration, a organisé la passation des pouvoirs le 19 octobre. Aïcha Guellaa est ministre déléguée chargée de la Réforme de l'administration.

Conclusion

Le bilan de la ministre transition numérique se juge à l'aune de ce qu'elle a laissé : une feuille de route écrite, des services en ligne qui fonctionnent, des accords signés plutôt qu'annoncés. Il reste à mener à terme le wallet national et le cadre légal du numérique. Et vous, quel chantier de la transition numérique marocaine vous semble le plus déterminant pour les cinq prochaines années ?

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Redaction

Auteur chez Maroc Entreprise