Youness Boumehdi est le fondateur et directeur général de Hit Radio, la première radio musicale marocaine privée, née le 1er juillet 2006 après une longue bataille administrative. En moins de deux décennies, il en a fait un média panafricain diffusé dans une dizaine de pays, sans jamais renoncer à son obsession initiale : servir les jeunes.
Youness Boumehdi avant la radio : deux entreprises avant Hit Radio
Né en 1970 à Rabat, Youness Boumehdi sort diplômé d’une business school parisienne — European Business School — et rentre au Maroc en 1993 avec un projet fixe : obtenir une licence de radio privée. La demande est déposée auprès de l’autorité de régulation de la communication audiovisuelle dès cette année-là, mais le processus s’étire.
Patient, il ne reste pas inactif. Avec un associé, il crée une entreprise de distribution de produits chimiques baptisée MediSystème, qui réalise d’emblée un chiffre d’affaires de 5 millions de dirhams. De retour à Paris, il montre une seconde société opérant dans la communication et l’accompagnement de jeunes talents du monde de la mode et du design, qui atteint 500 000 euros de chiffre d’affaires. Deux réussites entrepreneuriales très différentes — la distribution industrielle puis les industries créatives — qui lui apprennent à monter une équipe, tenir un compte de résultat et vendre une vision.
Hit Radio : treize ans d’attente pour une licence
La licence tant attendue est finalement obtenue en 2006. Hit Radio commence à émettre le 1er juillet de la même année, avec un positionnement résolument original : une radio 100 % musicale, jeune et interactive, la première au Maroc à diffuser ses flashs info en darija. La déception initiale reste toutefois notable — l’autorité n’accorde que sept fréquences sur les trente-et-une disponibles, obligeant la jeune station à construire son audience sur un maillage territorial incomplet, qu’elle couvre à 95 % du territoire national.
Le pari s’avère gagnant. En dix ans, Hit Radio devient l’une des radios les plus écoutées du Royaume, avec plus de deux millions d’auditeurs quotidiens et un chiffre d’affaires publicitaire marocain de 25 millions de dirhams selon les chiffres communiqués en 2016. Dix ans plus tard, l’audience quotidienne est annoncée à 3,2 millions d’auditeurs, dont une majorité de moins de 35 ans, portant la station au podium des radios nationales.
Cette croissance repose sur une ligne éditoriale constante : 40 % de la programmation est consacrée aux jeunes talents musicaux locaux, complétée par des campagnes menées sur le terrain autour de la citoyenneté, de l’employabilité, de la parité et de l’environnement. Youness Boumehdi a suivi une trajectoire d’entrepreneur que décrit également l’antimanuel de l’entrepreneur, l’audace de voir grand, un ouvrage qui prône exactement cette obstination face aux obstacles administratifs.
| Période | Étape | Résultat |
|---|---|---|
| 1993 | Retour au Maroc, dépôt de la demande de licence radio auprès de la HACA | Projet engagé |
| Début des années 1990 | Création de MediSystème, distribution de produits chimiques | 5 MDH de chiffre d’affaires |
| Même période | Société de communication à Paris (mode et design) | 500 000 € de chiffre d’affaires |
| 2006 | Obtention de la licence, lancement de Hit Radio le 1er juillet | 7 fréquences sur 31 |
| 2010 | Dépôt de demandes de diffusion dans 21 pays africains | Réponses au fil des années |
| 2013 | Première fréquence étrangère en Centrafrique | Début de l’aventure africaine |
| 2019 | Lancement d’Azawan Radio au Maroc | 41 fréquences, 5 millions d’auditeurs potentiels |
| Aujourd’hui | Direction générale de Hit Radio et du groupe | 3,2 millions d’auditeurs quotidiens au Maroc |
L’expansion africaine de Hit Radio : un modèle sobre et durable
Dès 2007, Youness Boumehdi cherche à s’implanter au Maghreb, sans succès. Il se tourne alors vers l’Afrique subsaharienne, plus ouverte : en 2010, Hit Radio dépose des demandes dans 21 pays. Les réponses arrivent une à une. En mars 2013, la station officialise son lancement en Centrafrique, six mois après le début des émissions — un pays en crise où ses auditeurs jugent sa programmation « la moins anxiogène pendant la guerre civile », selon son fondateur.
En dix ans, le maillage s’étend à onze pays africains — Sénégal, Niger, Tchad, Burkina Faso, Togo, Burundi, Côte d’Ivoire, Gabon, Centrafrique, Congo et Comores — puis se poursuit avec Mali et Namur en Belgique. Le modèle économique est pensé pour la sobriété : un seul salarié — souvent un technicien — par pays, onze personnes entre Lomé et Abidjan, des capsules locales enregistrées pour chaque marché, et un coût total d’environ 2 millions de dirhams par an, essentiellement composé de loyers de fréquences variant de 100 000 à 300 000 dirhams par pays.
Ce format léger explique la résilience du groupe : environ une centaine de fréquences FM servent les pays hors Maroc, pour un potentiel estimé à 13 millions d’auditeurs, tandis que Hit Radio Afrique enregistre 8 millions de connexions numériques par mois. Depuis 2009, la présence digitale du média précède d’ailleurs sa diffusion physique dans plusieurs territoires. La direction de cette structure multi-sites exige une coordination d’autant plus fine que les équipes sont réduites : un domaine traité en détail dans notre dossier sur le développement de la cohésion d’équipe.
Youness Boumehdi et sa méthode de management
« Je ne viens pas du monde de la radio, mais j’en étais un auditeur assidu dès l’enfance », explique Youness Boumehdi. De cette écoute est née sa conviction : offrir aux jeunes marocains ce qui leur manquait, l’interactivité et la diversité musicale. Sa méthode de direction repose sur le même réflexe — écouter avant de programmer, placer l’auditeur au centre des décisions et rencontrer son public sur le terrain à travers des événements nationaux.
Il en tire des leçons pragmatiques pour les managers : la croissance ne se gère pas à l’excès, elle se consolide ; la patience administrative n’exclut pas l’agilité commerciale ; et l’audace de voir grand se traduit d’abord par des choix d’organisation, comme le recours à des formats légers à l’international. L’audiovisuel marocain, par ailleurs, s’ouvre progressivement aux nouveaux formats : Hit Radio a obtenu deux licences audiovisuelles lui permettant de lancer des chaînes jeunesse et de découverte, poursuivant ainsi la diversification du groupe.
Questions fréquentes sur Youness Boumehdi
Quel est le parcours de Youness Boumehdi avant Hit Radio ?
Né en 1970 à Rabat et diplômé d’une business school parisienne, Youness Boumehdi revient au Maroc en 1993 et dépose sa demande de licence radio. En attendant, il crée MediSystème, une société de distribution de produits chimiques réalisant 5 millions de dirhams de chiffre d’affaires, puis une société de communication à Paris qui atteint 500 000 euros.
Quand Hit Radio a-t-elle commencé à émettre ?
La licence a été obtenue en 2006 et les émissions ont démarré le 1er juillet 2006, avec sept fréquences sur les trente-et-une mises en concours. La station couvre désormais 95 % du territoire marocain et revendique 3,2 millions d’auditeurs quotidiens.
Combien de pays couvre Hit Radio aujourd’hui ?
Au-delà du Maroc, Hit Radio diffuse dans une dizaine de pays africains — dont la Centrafrique, pays de la première implantation en 2013, le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Niger, le Tchad, le Burkina Faso, le Togo et les Comores — via environ une centaine de fréquences, complétées par une présence numérique forte et une fréquence belge.
À retenir du parcours de Youness Boumehdi
Le parcours de Youness Boumehdi rappelle qu’une grande entreprise médiatique peut naître d’une longue attente administrativement vécue comme une injustice. Entre les deux sociétés créées en attendant la licence et le lancement réussi de Hit Radio, c’est la capacité à transformer l’obstacle en plan d’action qui distingue ce dirigeant : apprendre un métier rentable, capitaliser, puis revenir au projet initial avec les moyens et l’expérience.
Si vous deviez patienter treize ans avant de lancer votre projet, quelle première étape concreteness prendriez-vous dès demain ? Partagez votre réponse en commentaire.