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Imad Toumi : de l'uranium d'Areva à l'or et au cuivre de Managem

Imad Toumi : de l'uranium d'Areva à l'or et au cuivre de Managem

Imad Toumi dirige le groupe Managem depuis février 2016, et la société est devenue méconnaissable depuis son arrivée. Cet ingénieur de l'École polytechnique n'a jamais été un minier de métier : avant le Maroc, il a piloté l'exploitation d'uranium d'Areva au Niger, puis travaillé pour un fonds d'investissement minier. À la tête de l'entreprise cotée à Casablanca, il a parié sur l'or et sur le cuivre. Il a tenu : en 2025, Managem a dépassé pour la première fois les 10 milliards de dirhams de chiffre d'affaires, et son résultat net s'est multiplié par près de cinq en un an.

Une formation d'ingénieur hors des mines

Imad Toumi est issu de la promotion 1982 de l'École polytechnique. Il a ensuite soutenu un doctorat à l'université Paris 6 puis, plus tard, un MBA à HEC Paris, obtenu en 2000 alors qu'il avait déjà quinze ans de carrière. Sa première employeuse n'a rien à voir avec le secteur minier : le Commissariat à l'énergie atomique, où il a commencé comme chercheur et où il a appris à gérer des projets industriels lourds.

Ce bagage explique la suite : Toumi n'a jamais été un responsable d'exploitation formé au fond de la mine, mais un ingénieur de projets, à l'aise avec la physique des procédés et les calculs de réserves. Areva l'a recruté là-dessus en 2002.

Onze ans chez Areva, de l'uranium au minerai

Imad Toumi a rejoint le groupe nucléaire français Areva en 2002. Il y a d'abord été directeur général d'Areva Afrique du Sud, avant de prendre la direction générale d'Areva Niger en juillet 2007. Au Niger, il gérait les mines d'uranium de la compagnie dans le désert, dans des conditions logistiques parmi les plus difficiles du secteur : chaleur extrême, fournitures à acheminer sur des centaines de kilomètres, sécurité à organiser au quotidien.

Parallèlement, il siégeait au comité de direction de la branche Mines d'Areva et administrait plusieurs sociétés minières en Afrique et au Canada. Onze ans passés ainsi ont fait de lui un opérateur africain reconnu, avec un réseau qui allait lui servir au Maroc. Il quitte Areva Niger en janvier 2013.

La parenthèse La Mancha

En 2013, Imad Toumi rejoint La Mancha, un groupe producteur d'or international, en qualité de vice-président exécutif et directeur des opérations. Il travaille pour la première fois du côté de l'actionnaire plutôt que de l'exploitant, une expérience qui lui servira trois ans plus tard, à la tête d'une société cotée.

Imad Toumi appelé à la tête de Managem en 2016

Le conseil d'administration de Managem a nommé Imad Toumi président directeur général début 2016, en succession d'Abdellaziz Abarro, qui partait à la retraite. La nouvelle a été annoncée par communiqué déposé à la Bourse de Casablanca le 2 février 2016. Il avait alors 52 ans.

Managem n'était pas une petite structure. Filiale historique du groupe ONA, la société est cotée à la Bourse de Casablanca depuis le 11 juillet 2000 et exploite des mines depuis 1930, sous la bannière d'Al Mada. Elle vivait surtout de son argent d'Imiter et de son cobalt, tandis que les cours de l'argent traînaient et que le groupe manquait de grands projets de croissance.

Le virage de l'or et du cuivre

Le premier mandat d'Imad Toumi à la tête de Managem a été consacré à lancer des projets plutôt qu'à en gérer. Le groupe a injecté plus de 20 milliards de dirhams d'investissements en cinq ans, dont deux opérations changent la donne.

La première est Boto, au Sénégal oriental. Managem a racheté ce gisement aurifère à la canadienne Iamgold en 2022 pour environ 350 millions d'euros, puis l'a mis en production en trois ans. La mine traite 2,75 millions de tonnes de minerai par an et vise autour de 160 000 onces d'or annuellement.

La seconde est Tizert, dans l'Anti-Atlas marocain, province de Taroudant. Investissement annoncé entre 4 et 4,5 milliards de dirhams, capacité de 120 000 tonnes de concentré de cuivre par an : c'est aujourd'hui la plus grande exploitation de cuivre du Maroc, conçue pour fonctionner à 100 % avec de l'eau recyclée. Les réserves annoncées couvrent dix-sept ans d'exploitation.

Ces deux chantiers arrivent au bon moment, alors que l'industrie marocaine cherche à monter en gamme sur les métaux de la transition énergétique. La même logique guide d'autres champions nationaux : Mostafa Terrab à la tête de l'OCP mise sur la transformation du phosphate à domicile plutôt que sur l'exportation de matière brute, et Hicham El Habti pousse le même raisonnement depuis l'UM6P et l'état-major du groupe.

Les chiffres du basculement

Les comptes 2025, présentés le 31 mars 2026 à Casablanca, donnent la mesure du changement. Le chiffre d'affaires consolidé atteint 13,69 milliards de dirhams contre 8,8 milliards un an plus tôt, soit 55 % de croissance. Le résultat net part du groupe s'inscrit à 3,002 milliards de dirhams, en hausse de 384 % par rapport aux 620 millions de 2024. L'excédent brut d'exploitation augmente de 125 %, à 5,982 milliards de dirhams, et la marge passe de 30 à 44 %.

La trésorerie suit. Le conseil a proposé un dividende de 55 dirhams par action pour l'exercice 2025, et l'action a atteint un plus haut historique de 9 150 dirhams en mars 2026, portant la capitalisation à environ 94 milliards de dirhams. Managem devient alors le deuxième titre de la Bourse de Casablanca.

Le premier semestre 2026 accentue le mouvement. Arrêté le 24 septembre sous la présidence d'Imad Toumi, le bilan affiche un chiffre d'affaires de 11,764 milliards de dirhams contre 4,422 milliards un an plus tôt, soit 166 % de progression. Le résultat net part du groupe atteint 3,778 milliards de dirhams, contre 380 millions au même moment en 2025. Tizert et Boto ont atteint leur capacité nominale de production pendant le semestre. Deux ombres au tableau : la production d'argent d'Imiter et celle d'or de Tri-K ont reculé pour cause de difficultés opérationnelles.

Un actionnaire de référence, un conseil resserré

Imad Toumi dirige une société dont l'actionnaire principal reste Al Mada, fonds d'investissement panafricain. Au 31 décembre 2025, le conseil d'administration compte neuf membres, avec des sièges réservés à Al Mada, à l'ONHYM et à la SIGER, auxquels s'ajoutent trois administrateurs indépendants. Quatre comités permanents suivent les risques, les nominations, la stratégie et les questions environnementales et sociales.

Le groupe emploie environ 5 000 personnes et opère dans sept pays africains. Managem affiche un taux de fréquence des accidents inférieur à 1, qu'il compare aux standards internationaux les plus exigeants. Au Sénégal, 90 % des effectifs de Boto sont recrutés localement. Au Maroc, le programme des classes connectées, mené avec la Fondation Al Mada, équipe 3 500 élèves de régions isolées.

Gaz, cobalt et renouvellement des réserves

Le gaz de Tendrara, première incursion de Managem dans les hydrocarbures après le rachat de Sound Energy Morocco East pour 45,2 millions de dollars en 2024, doit démarrer sa phase 1 en 2026. L'usine de sulfates de cobalt, elle, s'adresse directement aux fabricants de batteries de voiture électrique. Plus de 10 milliards de dirhams d'investissements sont programmés d'ici 2030.

Le groupe assume aussi ses arbitrages : il a convenu de céder 45 % supplémentaires de la société commune détenant le projet aurifère de Gabgaba, au Soudan, au chinois Norin Mining. L'opération libère du capital pour les projets prioritaires.

Questions fréquentes sur Imad Toumi

Quel est le parcours d'Imad Toumi avant Managem ?

Imad Toumi est diplômé de l'École polytechnique (promotion 1982), titulaire d'un doctorat de l'université Paris 6 et d'un MBA d'HEC Paris obtenu en 2000. Il a commencé au Commissariat à l'énergie atomique, a rejoint Areva en 2002, dirigé Areva Afrique du Sud puis Areva Niger de 2007 à 2013, avant de devenir directeur des opérations de La Mancha jusqu'en 2015.

Depuis quand Imad Toumi préside-t-il le groupe Managem ?

Le conseil d'administration de Managem a nommé Imad Toumi président directeur général en début d'année 2016, en remplacement d'Abdellaziz Abarro parti à la retraite. L'annonce a été publiée par communiqué à la Bourse de Casablanca le 2 février 2016. Il occupe toujours ce poste dix ans plus tard, en cumulant les fonctions d'administrateur exécutif.

Quels sont les résultats récents du groupe Managem ?

Sur l'exercice 2025, Managem a réalisé 13,69 milliards de dirhams de chiffre d'affaires (+55 %) et 3,002 milliards de dirhams de résultat net part du groupe (+384 %), avec une marge d'excédent brut d'exploitation de 44 %. Au premier semestre 2026, le chiffre d'affaires a bondi de 166 % à 11,764 milliards de dirhams et le résultat net part du groupe a atteint 3,778 milliards de dirhams.

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Redaction

Auteur chez Maroc Entreprise