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Mostafa Terrab : du MIT aux commandes de l'OCP

Mostafa Terrab : du MIT aux commandes de l'OCP

Ingénieur formé au MIT, passé par la Banque mondiale et le cabinet royal, Mostafa Terrab dirige l'OCP depuis 2006. L'office qu'il a repris affichait un déficit de 16 milliards de dirhams en 2005 ; le groupe encaisse aujourd'hui plus de 113 milliards de dirhams de ventes par an. Son parcours donne la clé de cette trajectoire : de la recherche opérationnelle à la régulation des télécoms, puis à la mine et à la chimie.

Le parcours de Mostafa Terrab avant l'OCP

Mostafa Terrab sort diplômé de l'École nationale des ponts et chaussées en 1979. Il part ensuite aux États-Unis, au Massachusetts Institute of Technology : master en ingénierie en 1982, doctorat en recherche opérationnelle en 1990. Il y enseigne assez bien pour recevoir en 1998 le prix Frederick C. Hennie III décerné par le département d'électronique et d'informatique du MIT.

Le Maroc le rappelle rapidement. Directeur général de l'ANRT, l'autorité de régulation des télécoms, en 1998, il passe par le cabinet royal, puis par la Banque mondiale à Washington en 2002. En 2006, le Roi le nomme à la tête de l'Office chérifien des phosphates. Quand l'office se transforme en société anonyme en 2008, il en devient président-directeur général. En octobre 2026, il occupe toujours ce fauteuil, confirmé par les comptes du groupe publiés le 29 septembre.

Il dirige depuis 2019 l'International Fertilizer Association, la fédération mondiale des fabricants d'engrais. Une casquette utile : elle le place du bon côté des négociations quand les prix du soufre et de l'ammoniac partent à la hausse.

Reprendre un office au bord du déficit

Le constat de départ est brutal. Malgré plus des deux tiers des réserves mondiales de phosphates, l'office perd 16 milliards de dirhams en 2005. Sa caisse de pensions creuse un trou de 3,55 milliards de dollars, un trou plus large que la totalité de ses actifs.

Terrab enchaîne deux décisions. Il fait de l'office une société anonyme, ce qui lui donne accès aux marchés de dette, et il sort la caisse de pensions du bilan pour le nettoyer. Le timing joue : entre 2007 et 2008, le phosphate brut grimpe à 400 dollars la tonne, soit dix fois son niveau d'avant 2007. L'OCP lève alors 4 milliards de dollars, dont 2,8 milliards à l'international, et engage près de 10 milliards de dollars d'investissements pour transformer la matière première sur place plutôt que la vendre brute.

Les ordres de grandeur changent de visage. Le bilan passe de 30 milliards de dirhams en 2005 à 250 milliards en 2023. Le chiffre d'affaires part de 17 milliards de dirhams en 2005 pour atteindre 97 milliards en 2024.

De la mine à la chimie de spécialité

La mutation se mesure en tonnes. La capacité de production d'engrais passe de 3 millions de tonnes à plus de 12 millions sous sa direction, avec un objectif affiché de 20 millions pour 2027. Les exportations vers l'Afrique sont parties de 50 000 tonnes par an pour atteindre 3 millions.

Le produit qui porte la croissance s'appelle le superphosphate triple, dit TSP. Il se fabrique uniquement avec la roche phosphatée marocaine, consomme bien moins de soufre que les engrais classiques et se passe d'ammoniac. Ses volumes ont bondi de 48 % en 2025 et pèsent désormais 30 % des exportations d'engrais du groupe.

Autour de ce cœur industriel, le groupe a bâti des filiales : OCP Africa et OCP North America sur les marchés, Phosboucraa sur la production, OCP Ventures sur le capital-risque agritech (lire notre analyse d'OCP Ventures). La recherche passe par l'Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P Ventures, le fonds deeptech de l'université). Terrab en a aussi présidé la création : l'université de Benguerir est son projet le plus visible hors usines.

Les chiffres du groupe depuis 2024

2024 s'arrête à 97 milliards de dirhams de chiffre d'affaires, soit près de 9,76 milliards de dollars. 2025 fait mieux : 113,9 milliards de dirhams, en hausse de 17 % sur un an, avec une marge opérationnelle de 38 % et des volumes de TSP en progression de 48 %. Le groupe affirme se rapprocher du record établi en 2022.

Le premier semestre 2026, publié le 29 septembre, change de tonalité. Le chiffre d'affaires recule de 7 % à 48,37 milliards de dirhams, l'EBITDA tombe de 18,61 à 13,31 milliards et la marge s'érode de 36 % à 28 %. Le résultat net part du groupe affiche moins 2,84 milliards de dirhams, contre plus 8,25 milliards un an plus tôt. La direction explique cela par une seule ligne comptable : la hausse exceptionnelle du coût du soufre n'a pas pu être répercutée en entier sur les prix de vente, les acheteurs n'ayant pas les moyens d'absorber la facture.

Le groupe n'a pas appuyé sur le frein pour autant. Les investissements du semestre atteignent 16,07 milliards de dirhams, en progression de 6 %, la trésorerie affiche 32,69 milliards de dirhams et la dette nette recule à 115,47 milliards, contre 119,12 milliards fin 2025. Trois mesures ont tenu la barre : un stock de soufre sécurisé avant la hausse des prix, des arrêts techniques avancés au début du second trimestre, et un dosage accru du TSP, qui consomme moins de matières premières chères.

Qui finance la transition

Le programme d'investissement vert annoncé par l'OCP plafonne à 13 milliards de dollars. Le groupe a levé 2 milliards de dollars d'obligations en 2024, puis 1,75 milliard à double tranche en avril 2025, avec un livre d'ordres surencréé plus de quatre fois. S'y ajoutent un crédit vert de 365 millions d'euros signé avec l'italien SACE et une ligne de 350 millions d'euros auprès de l'agence française de développement, fléchés vers l'énergie propre, l'eau et l'ammoniac vert.

Tout ce financement a une condition : que la demande d'engrais tienne, que les cours du phosphate restent soutenus et que les restrictions d'exportation chinoises continuent de réduire l'offre mondiale. Sur ces trois points, 2026 a déjà montré ses limites.

Un entourage resserré et des cumuls assumés

Autour de Mostafa Terrab, la gouvernance resserre ses rangs. Le 16 septembre 2026, Hicham El Habti devient secrétaire général du groupe tout en restant président de l'UM6P, une nomination d'abord relayée par la presse avant d'apparaître sur le site du groupe. Terrab cumule de son côté la présidence d'OCP SA, la présidence du conseil d'administration de la Fondation OCP, propriétaire à 97,5 % de l'université, et un siège d'administrateur de l'UM6P SA. Six ministres siègent au conseil d'administration d'OCP SA.

Cette architecture appelle une question, posée par Jisr.media à l'OCP en septembre 2026 sans réponse : qui évalue de façon indépendante les décisions de financement de l'université par l'entreprise qui la contrôle ? Terrab se trouve aux deux bouts de la chaîne, à la tête de celle qui paie et à la tête de celle qui possède.

Questions fréquentes sur Mostafa Terrab

Quelle est la fonction actuelle de Mostafa Terrab ?

Mostafa Terrab est président-directeur général d'OCP SA. Il a été nommé à la tête de l'office en 2006 puis confirmé à ce poste quand le groupe est devenu une société anonyme en 2008. Il préside aussi la Fondation OCP, qui détient 97,5 % de l'Université Mohammed VI Polytechnique, et il dirige l'International Fertilizer Association depuis 2019.

Quel a été le chiffre d'affaires du groupe OCP en 2025 ?

L'OCP a réalisé 113,9 milliards de dirhams de ventes en 2025, en progression de 17 % sur un an et proche du record de 2022. La marge opérationnelle s'est établie à 38 %. Les volumes de superphosphate triple ont bondi de 48 % et cet engrais représente 30 % des exportations d'engrais du groupe, contre 50 000 tonnes d'exportation vers l'Afrique au début des années 2010.

Pourquoi l'OCP a-t-il perdu de l'argent au premier semestre 2026 ?

La hausse exceptionnelle du coût du soufre n'a pas pu être répercutée en entier sur les prix de vente, les acheteurs n'ayant pas les moyens d'absorber la facture. Le résultat net part du groupe ressort à moins 2,84 milliards de dirhams pour le premier semestre 2026, contre plus 8,25 milliards un an plus tôt, alors que le chiffre d'affaires recule de 7 % à 48,37 milliards de dirhams.

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Redaction

Auteur chez Maroc Entreprise