Le Maroc a trois opérateurs de téléphonie mobile, et le troisième s'appelle inwi. Itissalat Al-Maghrib et Orange Maroc se partagent le marché depuis les années 2000 ; inwi est arrivé derrière, avec un dossier plus mince, un choix technologique contesté et des actionnaires renouvelés en six ans. La société qui exploite la marque s'appelle Wana Corporate. Elle est née en 1999 comme fournisseur d'accès internet, elle a frôlé la faillite en 2008, puis elle a décroché la licence du troisième réseau mobile du Royaume. Dix-sept ans après ce décret, elle revendique 19,4 millions d'abonnements mobiles et la première part du marché de l'internet mobile national.
De Wanadoo Maroc à Wana : les années internet (1999-2007)
Wanadoo Maroc est créée en 1999 à Casablanca par Karim Zaz, ingénieur formé en France, avec Wanadoo, la filiale internet de France Télécom, au capital à 90 %. L'activité est celle d'un fournisseur d'accès, d'abord sous la marque Wanadoo puis sous celle de Maroc Connect. En 2004, Wanadoo cède sa filiale marocaine à Attijariwafa Bank et à la Caisse de Dépôt et de Gestion, par l'intermédiaire de sa holding Fipar, comme le rapportaient alors Les Échos.
L'année suivante, c'est l'ONA, holding dans laquelle le Royaume est l'actionnaire de référence, qui rachète l'entreprise pour 40 millions d'euros et approuve un plan d'investissement annoncé à 580 millions d'euros. En 2006, la société obtient une licence de réseau fixe payée 32 millions d'euros, puis la troisième licence 3G du pays. Le 3 janvier 2007, Maroc Connect devient Wana.
Wana attaque le mobile en février 2007 avec Bayn, une marque dérivée installée sur un réseau CDMA fourni par le chinois ZTE. L'offre visait les Marocains pour qui l'appel mobile restait un luxe : 40 minutes par mois coûtaient 111 dirhams chez Maroc Telecom, notait Les Échos. Bayn ajoutait un bip avant chaque dirham prélevé et un SMS de solde après chaque appel, mais restait limité à une mobilité de 35 kilomètres. Le produit a réuni 100 000 clients en trois jours. L'activité commerciale de Wana démarre officiellement en décembre 2007.
2008, l'année où Wana a frôlé la disparition
Le démarrage coûte cher. En avril 2008, le conseil d'administration de l'ONA rejette le business-plan de l'opérateur, jugé non viable : Wana demandait 4,5 milliards de dirhams de financement additionnel à des actionnaires qui en avaient déjà déboursé 3, selon le récit publié un an plus tard par La Vie Éco. La SNI prend alors le pilotage stratégique de l'entreprise. Suit une ouverture de capital : en mars 2009, le fonds marocain Al Ajial et l'opérateur koweïtien Zain entrent au capital à hauteur de 31 %, à parts égales, pour 2,85 milliards de dirhams, par une augmentation de capital réservée. L'opération apporte aussi un partenaire industriel : Zain est un opérateur régional installé dans plusieurs pays.
Sans licence 2G, Wana aurait été mise en vente, écrit La Vie Éco.
La licence GSM de 2009 et la naissance d'inwi
Le décret du 23 novembre 2009 attribue à Wana la licence du troisième réseau mobile GSM du Maroc. La marque inwi est présentée en février 2010, avec un nom court et une promesse de simplicité tarifaire. L'offensive porte sur le sans-abonnement, la data et la proximité, dans un marché où le mobile n'était pas encore entré dans les habitudes.
Les années suivantes accumulent les licences : la 4G en mars 2015, pour un coût global de 188 millions d'euros réparti entre les trois opérateurs, la VoLTE en septembre 2016, un premier du secteur, le service de paiement mobile inwi money en 2019, enfin le naming de la Botola Pro Inwi à partir de la saison 2020-2021. inwi figure aujourd'hui au portefeuille d'Al Mada, l'ancienne SNI, aux côtés de Zain et d'Al Ajial.
Les parts de marché d'inwi en 2026
Au premier trimestre 2026, inwi comptait 19,4 millions d'abonnements mobiles, soit 34,04 % du marché actif, devant Orange Maroc à 34,38 % et Maroc Telecom à 31,58 %. Sur l'internet mobile, inwi occupe la première place avec 41,83 %, contre 30,49 % pour Maroc Telecom et 27,68 % pour Orange. Ces données, reprises par la presse économique à partir des chiffres du régulateur, confirment que le troisième opérateur a rattrapé puis dépassé l'incumbent sur le mobile, en volume d'abonnements actifs.
Le fixe raconte une autre histoire. Au premier trimestre 2025, inwi détenait 22,4 % de l'internet fixe et 13,3 % de la fibre FTTH, derrière Maroc Telecom qui tenait 52,5 % et 49,7 %. Wana Corporate ne publie pas de comptes : société non cotée, elle n'a pas d'obligation de diffusion financière.
Le dégroupage : 6,368 milliards de dirhams et deux co-entreprises
Le contentieux le plus coûteux de l'histoire du secteur oppose inwi à Maroc Telecom. Le tribunal de commerce de Rabat a condamné Itissalat Al-Maghrib à verser 6,368 milliards de dirhams à Wana Corporate au titre du dégroupage ; la cour d'appel de commerce de Casablanca a confirmé le jugement, et le montant a été intégralement constaté et réglé à fin septembre 2024, selon le rapport de gestion de Maroc Telecom. Un pourvoi en cassation avait été formé. En 2025, un accord a stoppé les procédures, avec une rétrocession de 2 milliards de dirhams au profit de l'incumbent.
L'ANRT a autorisé le 18 juin 2025 la création de deux co-entreprises entre les deux rivaux. FiberCo, dotée de 3 milliards de dirhams de capital, déploie l'infrastructure passive de fibre jusqu'au domicile, accessible à tous les opérateurs, avec un objectif de 1 million de connexions en deux ans et 3 millions en cinq ans. TowerCo, avec 1,4 milliard de dirhams, mutualise les tours, les sites radio et les antennes. C'est le scénario exactement inverse de 2007 : deux adversaires partagent désormais leurs canalisations et leurs pylônes. Celui qui a dirigé le régulateur pendant une partie de ces années, Mohamed Benchaaboun, pilote aujourd'hui Maroc Telecom, comme le retrace notre portrait de Mohamed Benchaaboun.
5G, Huawei et un reproche de qualité de service
Le 7 novembre 2025, les trois opérateurs ont lancé leur 5G le même jour, à l'orée de la CAN 2025. inwi a activé son réseau sans changement de carte ni supplément pour les clients équipés, avec des débits annoncés au-delà de 2 Gbps dans les zones bien couvertes, selon son communiqué relayé par l'agence marocaine MAP et par L'Économiste.
En juillet 2026, l'opérateur a annoncé un partenariat avec Huawei pour traiter un point faible de longue date : la couverture le long des axes de transport, autoroutes et lignes à grande vitesse. Le constructeur évoque une extension d'environ un kilomètre par site, une hausse de 83 % du débit moyen constaté par les utilisateurs et une capacité multipliée par 3,2, à investissement de réseau constant.
Un reproche accompagne inwi depuis des années : la qualité perçue. Sur le premier trimestre 2026, 62 % des 887 réclamations enregistrées par l'ANRT concernaient la qualité de service, selon les données reprises par la presse économique. Les trois opérateurs subissent ce type de statistique, mais la position d'inwi se juge aussi à ce chapitre.
Pour une entreprise marocaine, la trajectoire tient en trois décisions : un choix technologique mal calibré, une ouverture de capital au pire moment, et une licence publique attribuée comme objectif. Les entrepreneurs qui lèvent aujourd'hui s'inscrivent dans une filiation plus large : le groupe Al Mada, actionnaire d'inwi, dispose de son propre bras de capital-risque, Al Mada Ventures.
Questions fréquentes sur inwi
Qui possède inwi aujourd'hui ?
inwi est exploité par Wana Corporate, société anonyme marocaine enregistrée à Casablanca. L'entreprise figure au portefeuille du groupe Al Mada, l'ancienne SNI, aux côtés du koweïtien Zain et du fonds marocain Al Ajial, entrés au capital en 2009 pour 31 % et 2,85 milliards de dirhams. L'ANRT indique qu'Azdine El Mountassir Billah occupe la fonction de président-directeur général de Wana Corporate.
Quelle part de marché inwi au Maroc en 2026 ?
Selon les chiffres de l'ANRT du premier trimestre 2026, inwi pèse 34,04 % des abonnements mobiles actifs, avec 19,4 millions d'abonnements, et occupe la première place de l'internet mobile à 41,83 %. Sur l'internet fixe, la part reste plus modeste : 22,4 % au premier trimestre 2025, pour 13,3 % du marché de la fibre FTTH.
Pourquoi Maroc Telecom a-t-il versé plus de 6 milliards de dirhams à inwi ?
Le paiement de 6,368 milliards de dirhams, confirmé en appel et réglé fin septembre 2024, clôt un litige sur le dégroupage : Maroc Telecom devait des indemnités à Wana Corporate pour l'accès au réseau. L'accord conclu en 2025 a stoppé les procédures et prévu une rétrocession de 2 milliards de dirhams au profit de l'incumbent.