Le 25 février 2025, le conseil de surveillance de Maroc Telecom s'est réuni à Rabat sous la présidence de la ministre de l'Économie et des Finances Nadia Fettah. Il a confié l'opérateur historique à Mohamed Benchaaboun, en remplacement d'Abdeslam Ahizoune dont le mandat expirait après vingt-sept ans à la tête du groupe. Mohamed Benchaaboun a été nommé président du Directoire pour deux ans, jusqu'au 1er mars 2027.
C'est un profil atypique pour un patron d'opérateur télécom. Mohamed Benchaaboun n'a jamais dirigé d'entreprise privée de ce secteur. Il l'a en revanche régulée pendant cinq ans à la tête de l'ANRT, avant de passer dix ans à la Banque Centrale Populaire, trois ans au ministère des Finances, puis un an et demi à la tête du Fonds Mohammed VI pour l'Investissement. Autant de vies professionnelles que l'on croise rarement sur un même parcours.
Un ingénieur des télécoms devenu régulateur
Mohamed Benchaaboun est né le 12 novembre 1961 à Casablanca. Il sort ingénieur de l'École nationale supérieure des télécommunications de Paris, l'une des grandes écoles d'ingénieurs françaises du secteur, et débute dans l'industrie chez Alcatel-Alsthom, un des équipementiers historiques du réseau.
La suite se passe côté public. Il prend la direction de l'Administration des douanes et des impôts indirects, puis, en 2003, celle de l'Agence nationale de réglementation des télécommunications. À l'ANRT, il pilote pendant cinq ans l'ouverture du marché marocain : extension de la couverture mobile, arrivée de l'internet large bande, attribution des fréquences. C'est là qu'il apprend le métier des télécoms du point de vue du régulateur, c'est-à-dire celui qui négocie avec les opérateurs tout en fixant leurs règles.
En février 2008, le palais annonce sa nomination à la présidence-directrice générale de la Banque Centrale Populaire. Il a alors quarante-six ans et quitte les télécoms pour la finance.
Dix ans à la Banque Centrale Populaire
Mohamed Benchaaboun arrive à la BCP quelques mois après la faillite de Lehman Brothers, en plein krach financier mondial. Les banques marocaines traversent la tempête sans encombrement majeur, mais le contexte impose la prudence sur les marchés internationaux où le groupe était en expansion.
Il dirige le groupe pendant dix ans, de 2008 à 2018. La BCP est alors l'un des deux grands groupes bancaires du Royaume, avec des clients dans tout le pays et un réseau de filiales à l'étranger. Ces années font de lui un banquier de référence, à l'aise sur les questions de financement, de réglementation bancaire et de relations avec l'État. Dans la rubrique Managers du site, son parcours croise celui de Naziha Belkeziz, première femme à la tête de la BCP en 2024, et celui des dirigeants du groupe concurrent, comme Mohamed El Kettani chez Attijariwafa bank.
En 2018, un autre secteur l'attend.
Le ministère de l'Économie et des Finances
Le 20 août 2018, Mohamed Benchaaboun devient ministre de l'Économie, des Finances et de la Réforme de l'administration. Il occupe le poste jusqu'au 17 octobre 2021, ce qui en fait l'un des ministres des Finances marocains ayant tenu le portefeuille le plus longtemps sur la décennie.
Sur son CV de ministre, deux dossiers comptent plus que les autres. Le premier est budgétaire : préparation et vote des lois de finances, pilotage des recettes fiscales, négociation avec les partenaires internationaux. Le second est institutionnel. Mohamed Benchaaboun participe à l'écriture des premiers textes législatifs du Fonds Mohammed VI pour l'Investissement, le fonds souverain annoncé en 2020 par le palais. Il pose ainsi les briques de l'outil qu'il sera chargé de diriger un an plus tard.
Ambassadeur à Paris, puis Fonds Mohammed VI
Le 17 octobre 2021, à la fin de son ministère, le roi le nomme ambassadeur du Maroc auprès de la République française. Il présente ses lettres de créance au président Emmanuel Macron le 23 juillet 2022 et s'installe à Paris.
La mission est courte. Le 18 octobre 2022, le Conseil des ministres le nomme directeur général du Fonds Mohammed VI pour l'Investissement. Le fonds, institué par la loi 76-20, est doté de 45 milliards de dirhams : 15 milliards provenant du Budget général de l'État et 30 milliards à mobiliser auprès d'investisseurs institutionnels nationaux et internationaux. Sa vocation est de financer des projets productifs et de capitaliser des entreprises marocaines. Sur instructions royales, sa mission d'ambassadeur prend fin le 19 janvier 2023, comme le précise un communiqué du ministère des Affaires étrangères publié au Bulletin officiel.
À la tête du fonds, il fait approuver la stratégie et la structuration lors des premières réunions du conseil d'administration. Il y côtoie les grands dossiers d'investissement du Royaume jusqu'en février 2025.
Maroc Telecom : la succession d'Ahizoune
Abdeslam Ahizoune a quitté Maroc Telecom après vingt-sept ans à sa tête, un mandat sans équivalent dans le secteur. Le conseil de surveillance, réuni le 25 février 2025, constate l'expiration des mandats du Directoire le 1er mars et nomme Mohamed Benchaaboun président du Directoire pour deux ans. Quelques mois plus tard, le 18 juin 2025, l'assemblée générale extraordinaire du groupe adopte un modèle de gouvernance unifié, qui remplace le couple Conseil de surveillance / Directoire par un conseil d'administration unique. Le 19 juin, ce conseil confirme Mohamed Benchaaboun comme directeur général du groupe.
Le contexte de sa nomination n'est pas anodin. Plusieurs médias marocains, dont Morocco World News, ont présenté son arrivée comme une tentative de débloquer la relation avec l'actionnaire émirati du groupe, Etisalat, alors que les tensions entre Rabat et Abu Dhabi pesaient sur le dossier.
Mandaté jusqu'au 1er mars 2027, il représente encore le groupe à l'international en 2026 : en septembre, lors de GITEX Africa, une rencontre avec Henna Virkkunen, vice-présidente exécutive de la Commission européenne, figure au protocole du groupe.
Les chiffres du premier exercice
Le premier exercice complet de Mohamed Benchaaboun à la tête du groupe s'achève sur des comptes publiés en février 2026. Les revenus consolidés ressortent à 18 692 millions de dirhams, en recul de 2,4% sur un an. La baisse vient du Maroc, où l'EBITDA recule de 6,6%, tandis que les filiales Moov Africa progressent de 3,4%.
Le résultat opérationnel avant amortissements ajusté du groupe atteint 18 493 millions de dirhams, pour une marge d'EBITDA maintenue au-dessus de 50%, à 55,4% selon les comptes annuels. Le résultat net part du groupe approche les 7 milliards de dirhams, un montant qui intègre des recettes exceptionnelles liées à l'accord conclu avec Wana. La dette nette tombe à 0,9 fois l'EBITDA, un niveau très bas pour un groupe de cette taille.
Le parc clients du groupe atteint près de 77 millions à fin 2025, en hausse de 3,6% sur un an, porté par les filiales africaines. La data mobile pèse 25,6% des revenus, un ratio suivi de près dans la perspective du déploiement de la 5G au Maroc.
Le bilan est donc celui d'un groupe rentable, très peu endetté, dont le cœur marocain s'érode doucement pendant que l'international tient le niveau. Les chantiers de Mohamed Benchaaboun pour la fin de son mandat tiennent en peu de points : la 5G au Maroc, la rentabilité de Moov Africa, et la relation avec l'actionnaire émirati.
Questions fréquentes sur Mohamed Benchaaboun
Qui est Mohamed Benchaaboun ?
Mohamed Benchaaboun est un banquier, haut fonctionnaire et homme d'État marocain, né le 12 novembre 1961 à Casablanca. Ingénieur de l'École nationale supérieure des télécommunications de Paris, il a dirigé l'ANRT de 2003 à 2008, la Banque Centrale Populaire de 2008 à 2018, été ministre de l'Économie et des Finances de 2018 à 2021, ambassadeur du Maroc en France, puis directeur général du Fonds Mohammed VI pour l'Investissement. Il dirige le Groupe Maroc Telecom depuis mars 2025.
Quel est le mandat de Mohamed Benchaaboun à Maroc Telecom ?
Nommé président du Directoire le 25 février 2025, Mohamed Benchaaboun dispose d'un mandat de deux ans, courant jusqu'au 1er mars 2027. Le 19 juin 2025, après l'adoption d'un modèle de gouvernance unifié par l'assemblée générale extraordinaire du groupe, le conseil d'administration l'a confirmé directeur général du Groupe Maroc Telecom.
Pourquoi sa nomination à Maroc Telecom a-t-elle surpris ?
Mohamed Benchaaboun n'a jamais dirigé d'opérateur télécom privé. Son expérience du secteur vient de l'ANRT, qu'il a régulée de 2003 à 2008, puis des télécoms étudiés à l'ENST de Paris. Sa carrière s'est surtout déroulée dans la banque et les finances publiques. Sa nomination a aussi été lue comme une manœuvre de déblocage de la relation avec l'actionnaire émirati Etisalat.