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Mohamed El Kettani : l'ingénieur qui a bâti Attijariwafa bank

Mohamed El Kettani : l'ingénieur qui a bâti Attijariwafa bank

Peu de dirigeants marocains ont aussi longtemps pesé sur leur secteur que Mohamed El Kettani. Président directeur général d'Attijariwafa bank depuis 2007, ce diplômé de l'ENSTA Paris a conduit la fusion de deux banques historiques, puis a étendu le résultat sur tout le continent africain. Le groupe affiche aujourd'hui 825,3 milliards de dirhams de bilan consolidé et une présence dans 27 pays.

Le parcours tient en quelques dates : entrée à la Banque Commerciale du Maroc en 1984, direction du crédit, fusion avec le Wafabank, puis direction du groupe en 2007. Vingt années d'acquisitions bancaires ont suivi sur le continent. Les comptes du premier semestre 2026 et l'accord signé début octobre 2026 sur Société Générale Ghana montrent que la dynamique tient toujours.

De l'ENSTA au métier du crédit

Mohamed El Kettani est né en 1958. Il sort ingénieur de l'ENSTA Paris, une école d'ingénieurs spécialisée dans les techniques avancées, et ne reste pas dans l'industrie : en 1984, il entre à la Banque Commerciale du Maroc, dans le département du crédit et du financement de projets. C'est là qu'il passe l'essentiel de sa carrière.

Le détail compte. Financer un port, une centrale ou une usine ne ressemble pas au crédit de détail : cela suppose de lire des plans, de dimensionner des garanties et de négocier avec des bailleurs de fonds internationaux. Mohamed El Kettani prend la tête de ce département en 1989, devient directeur général en 1994, puis co-directeur général en 2003 en charge de la banque d'affaires et du private banking, comme le précise la biographie publiée sur le site investisseurs du groupe. Cette formation d'ingénieur, prolongée par près de vingt ans de crédits structurés, explique la suite : il a été celui qui a monté les opérations avant de les diriger.

Mohamed El Kettani et la fusion BCM-Wafabank

La Banque Commerciale du Maroc et le Wafabank fusionnent en avril 2004. L'opération, préparée à partir de 2003, donne naissance à Attijariwafa bank, qui devient d'emblée la première banque privée du pays par le total bilan. Mohamed El Kettani fait partie des dirigeants qui ont piloté la fusion, puis l'intégration des deux réseaux et des deux systèmes d'information.

Trois ans plus tard, en 2007, il est nommé président directeur général. Il n'a pas quitté la fonction depuis, ce qui fait de lui l'un des mandats les plus longs du patronat marocain. Le contexte bancaire du Royaume n'a pas changé de nature depuis : quelques grands groupes se partagent le marché, dont la Banque Centrale Populaire, dirigée depuis novembre 2024 par Naziha Belkeziz, première femme à sa tête.

L'Afrique, un par un

La stratégie africaine d'Attijariwafa bank ne suit pas un schéma abstrait : elle se lit dans une liste d'acquisitions, chacune avec son pourcentage et son calendrier. Le rapport financier du groupe cite l'entrée dans le capital de la Banque du Sud, en Tunisie, en 2005, pour 53,54 %, en syndication avec Banco Santander. En janvier 2007 vient la Banque Sénégalo-Tunisienne, avec 66,70 % du capital, puis en novembre 2007 la CBAO au Sénégal, avec 79,15 %. L'année 2009 est la plus dense : 95 % du Crédit du Sénégal, 58,7 % de l'Union Gabonaise de Banque, 91 % du Crédit du Congo. En 2013, le groupe prend 55 % de la Banque Internationale pour l'Afrique au Togo ; en 2016, il rachète Barclays Bank Egypt.

Vingt ans après, les chiffres parlent d'eux-mêmes. Le communiqué du 1er octobre 2026 fait état de plus de 22 000 collaborateurs, de plus de 12 millions de clients et de plus de 8 000 agences. Le groupe opère dans 27 pays : quatorze banques africaines, six filiales européennes, des bureaux de représentation à Dubaï, Riyad, Abu Dhabi, Londres, Montréal, Pékin et Doha. Le rapport financier 2025 déposé à l'AMMC le classe au cinquième rang africain par le total bilan.

Mohamed El Kettani face aux chiffres du premier semestre 2026

Le conseil d'administration s'est réuni le 27 juillet 2026, sous la présidence de Mohamed El Kettani, pour arrêter les comptes au 30 juin. Le communiqué publié par le groupe et déposé à l'AMMC fait état d'un bilan consolidé en progression de 11,9 %, à 825,3 milliards de dirhams, et de fonds propres consolidés de 81,1 milliards, en hausse de 8,4 %. Le produit net bancaire atteint 18,4 milliards de dirhams (+4,0 %), le résultat brut d'exploitation 11,6 milliards (+1,5 %), le résultat net consolidé 7,1 milliards (+2,3 %) et le résultat net part du groupe 5,9 milliards (+1,1 %).

Les ratios racontent la même histoire. Le coût du risque descend à 0,50 % des encours clientèle brute, contre 0,62 % un an plus tôt. Le coefficient d'exploitation ressort à 36,8 %, le retour sur actifs à 1,74 % et le retour sur fonds propres tangibles à 22,9 %. Côté activité, les dépôts au Maroc gagnent 12 % pour atteindre 382 milliards de dirhams, les crédits à l'équipement progressent de 36 % à 142 milliards, les crédits aux entreprises de 14 % à 227 milliards.

Le digital n'est plus un sujet annexe. Le groupe compte 181,5 millions de connexions sur ses plateformes au premier semestre 2026, contre 71,5 millions en 2019, et la part de la banque digitale dans les transactions passe de 74,2 % à 94,9 % sur la même période. La place de Casablanca, où le titre est coté, a connu d'autres trajectoires, comme celle de Zouheir Bensaid, passé de la Bourse de Casablanca à RMA.

Simple, GOAL 2030 et Société Générale Ghana

Le premier semestre 2026 a aussi servi à clore le plan stratégique @MBITION 2025 et à lancer GOAL 2030. Côté produit, Attijariwafa bank a lancé Simple, présentée comme la première néobanque marocaine : ouverture de compte en quelques minutes depuis un téléphone, cartes virtuelles à usage unique, compte éducatif pour les 12-17 ans, épargne automatisée. Le groupe revendique 200 000 nouveaux clients de sa « banque économique » sur le seul semestre, et 162 607 très petites entreprises accompagnées gratuitement par Dar Al Moukawil, dont plus d'un million depuis le lancement du programme en 2016.

Le 1er octobre 2026, le groupe annonce un accord pour l'acquisition d'une participation majoritaire dans Société Générale Ghana. Société Générale cède 60,22 % du capital ghanéen, dont 55,22 % à Attijariwafa bank et 5 % à SSNIT, l'organisme de retraite public ghanéen, sous réserve des autorisations réglementaires et boursières. La banque visée emploie plus de 500 collaborateurs et compte 40 agences réparties dans 24 villes. Au 31 décembre 2025, elle affichait un produit net bancaire de 1,356 milliard de GHS, un résultat net de 397 millions de GHS et un bilan de 9,7 milliards de GHS. Mohamed El Kettani y voit « la confiance que nous accordons aux perspectives de développement du Ghana » et une façon de renforcer la présence du groupe en Afrique anglophone.

Gouvernance et actionnariat

Mohamed El Kettani cumule la direction générale et la présidence du conseil d'administration, comme le précise le registre des dirigeants de l'AMMC. Le conseil, composé de douze membres selon le site du groupe, s'appuie sur six comités spécialisés, du comité d'audit au comité ESG, avec en son sein des représentants de SIGER, portée par Mounir El Majidi, et d'AL MADA, portée par Noufissa Kessar. Les autorisations attendues sur le Ghana, le déploiement de GOAL 2030 et l'intégration de la néobanque Simple forment les trois chantiers qui occuperont Mohamed El Kettani dans les prochains trimestres.

Questions fréquentes sur Mohamed El Kettani

Quel est le parcours de Mohamed El Kettani avant Attijariwafa bank ?

Diplômé de l'ENSTA Paris, Mohamed El Kettani entre en 1984 à la Banque Commerciale du Maroc, dans le département du crédit et du financement de projets. Il prend la tête de ce département en 1989, devient directeur général en 1994, puis co-directeur général en 2003 en charge de la banque d'affaires et du private banking.

Quels sont les résultats d'Attijariwafa bank au premier semestre 2026 ?

Au 30 juin 2026, le bilan consolidé atteint 825,3 milliards de dirhams, en hausse de 11,9 %. Le produit net bancaire est de 18,4 milliards, le résultat net consolidé de 7,1 milliards et le résultat net part du groupe de 5,9 milliards. Les dépôts au Maroc gagnent 12 % pour atteindre 382 milliards de dirhams.

Que prévoit l'accord d'octobre 2026 sur Société Générale Ghana ?

Société Générale a convenu de céder 60,22 % du capital de sa filiale ghanéenne : 55,22 % à Attijariwafa bank et 5 % à SSNIT. L'opération, soumise aux autorisations réglementaires, porterait le groupe marocain au contrôle d'une banque de 40 agences présente dans 24 villes, avec un bilan de 9,7 milliards de GHS fin 2025.

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Redaction

Auteur chez Maroc Entreprise