Le 5 novembre 2024, le conseil d'administration de la Banque Centrale Populaire a nommé Naziha Belkeziz présidente-directrice générale du groupe. Elle succède à Mohamed Karim Mounir, parti à la retraite après près de trente ans de maison, dont six à la direction du groupe. Avec cette décision, Naziha Belkeziz devient la première femme à présider la BCP, la deuxième banque marocaine par la taille de son bilan. Elle prend les rênes d'un groupe présent dans 32 pays, à un moment où l'expansion africaine et la transformation numérique concentrent les investissements.
Naziha Belkeziz : de Rabat à Paris pour les études
Naziha Belkeziz est née à Rabat en mars 1968. Elle est la fille de Moulay Abdallah Belkeziz, diplomate, ambassadeur du Maroc en Tunisie et en Algérie, qui a aussi exercé des fonctions ministérielles sous le règne du roi Hassan II. Ce milieu explique en partie son aisance dans les dossiers internationaux qu'elle traite aujourd'hui.
Après un diplôme en sciences de gestion de l'université Paris-Dauphine, elle complète sa formation au Conservatoire national des arts et métiers de Paris, où elle obtient un diplôme d'études comptables et financières. Elle soutient ensuite un troisième cycle en sciences de gestion à l'université Hassan II de Casablanca. Trois établissements, trois pays de référence : la comptabilité et le financement autant que la gestion.
1992 : une carrière bancaire lancée à la BCM
Naziha Belkeziz commence en 1992 à la Banque Commerciale du Maroc, l'établissement qui deviendra la banque pivot du futur groupe Attijariwafa. Elle y passe les premières années de sa vie professionnelle, puis intègre le groupe Attijariwafa Bank au moment de sa constitution.
Son passage par Attijariwafa bank est le plus long de son parcours. Elle y occupe des postes de responsable dans le financement de l'investissement, l'immobilier et le tourisme, puis dans la gestion des relations avec les grandes entreprises et les institutionnels. On lui confie aussi la fonction de chef économiste et la direction des communications marketing, un mélange peu courant qui lui donne une lecture à la fois commerciale et macroéconomique de la banque.
À la BCP avant la direction : le risque et les engagements
Elle rejoint ensuite la Banque Centrale Populaire, où elle dirige le pôle Risques et Engagements. C'est un poste clé : il arbitre les dossiers de crédit, suit les provisions et fixe les limites d'engagement de tout le groupe. Cette passerelle par le risque est devenue une voie classique vers la direction générale dans les grandes banques marocaines, et son dossier y compte pour beaucoup.
La BCP ne ressemble pas à ses concurrentes. Son modèle coopératif lui donne un maillage régional dense à travers les Banques Populaires régionales, tandis que sa relation avec les Marocains du Monde lui procure une base d'épargne que les autres groupes peinent à reproduire. Ce socle, Naziha Belkeziz le connaît de l'intérieur pour y avoir supervisé les engagements.
Le 5 novembre 2024, une nomination historique
Le conseil d'administration annonce sa nomination le 5 novembre 2024, en remplacement de Mohamed Karim Mounir, qui avait pris la direction du groupe en 2018. Le communiqué insiste sur « de grandes aptitudes managériales » et un « parcours riche et diversifié », et fixe trois priorités : financer l'économie nationale, maintenir la présence du groupe à l'international et développer l'activité en Afrique subsaharienne par la filiale Banque Atlantique.
Naziha Belkeziz est également trésorière et administratrice d'Education For Employment Maroc, un organisme qui forme les jeunes diplômés à l'insertion professionnelle. Son engagement de longue date sur ces sujets lui a valu d'être présentée par la presse économique comme une « banquière sociale ».
Ce que sa direction change pour le groupe BCP
Première femme à la tête de la BCP, Naziha Belkeziz arrive dans un secteur où la direction des grandes banques était restée une prérogative masculine. En interne, sa nomination a été lue comme un signal adressé aux cadres dirigeants du groupe ; à l'extérieur, plusieurs analystes y ont vu un encouragement à la féminisation des postes de décision dans la finance marocaine.
Son style tranche avec les habitudes du secteur. Jeune Afrique, qui a publié un portrait à sa nomination, la décrit comme « cash » et note qu'elle exclut publiquement tout duel avec Attijariwafa Bank, son ancien employeur. Elle gère donc deux rapports délicats en même temps : une concurrence très frontale sur le marché marocain et une filiation personnelle avec le premier groupe bancaire du pays.
La stratégie de Naziha Belkeziz : Afrique, digital, TPE
Sur le terrain, sa direction s'est d'abord traduite par un geste d'envergure. Le 24 décembre 2025, le groupe finalise le rachat des 20,17 % qu'il ne détenait pas encore d'Atlantic Business International, sa holding régionale, pour 1,88 milliard de dirhams. Le groupe BCP passe ainsi à 100 % d'une plateforme panafricaine qui regroupe dix banques et quatre compagnies d'assurance dans neuf pays d'Afrique subsaharienne.
Le volet numérique avance au même rythme. Au salon GITex Africa Morocco 2026, à Marrakech, le groupe a annoncé trois partenariats technologiques, avec Huawei sur le cloud, avec Microsoft sur l'automatisation et l'IA générative, et avec Mastercard sur les paiements. L'application Pocket Bank est passée de 300 000 utilisateurs en 2015 à 3,5 millions en 2026. Côté financement de proximité, les filiales Attawfiq Microfinance et Fondation Création d'Entreprises avancent, avec l'intelligence artificielle, sur le diagnostic des artisans et des porteurs de projet.
Les chiffres du premier semestre 2026, présentés le 18 septembre 2026 en conseil d'administration sous sa présidence, donnent une idée de la trajectoire : résultat net consolidé de 3,8 milliards de dirhams en progression de 8,7 %, résultat net part du groupe à 3,2 milliards (+10,4 %), dépôts clientèle à 429,5 milliards (+9 %) et crédits bruts à 337,5 milliards (+5,7 %). Le coût du recul des risques s'établit à 1,1 milliard de dirhams, en baisse de 60 % sur un an. Le PNB recule de 3,2 %, pénalisé par les activités de marché. Le groupe a par ailleurs reçu le prix de la meilleure banque pour les TPE et l'entrepreneuriat au Maroc en 2026, décerné par l'Union des banquiers arabes.
Pour le reste, la feuille de route tient en quatre axes assumés publiquement : la banque augmentée, le digital banking, les services non financiers et le développement africain, à l'horizon 2030. Naziha Belkeziz joue une carte de continuité plutôt que de rupture, avec une expansion qu'elle refuse de présenter comme un affrontement contre Attijariwafa bank. Le contexte coopératif du groupe, décrit dans notre fiche sur la Banque Centrale Populaire et les Banques Populaires régionales, reste son principal atout : près de la moitié du produit net bancaire est générée hors du Maroc.
Questions fréquentes sur Naziha Belkeziz
Qui est Naziha Belkeziz ?
Naziha Belkeziz est une banquière marocaine née à Rabat en 1968. Elle dirige la Banque Centrale Populaire depuis le 5 novembre 2024, après trente ans de carrière passés à la Banque Commerciale du Maroc, chez Attijariwafa Bank puis au sein de la direction des risques de la BCP.
Quel est son parcours avant la présidence de la BCP ?
Elle a commencé en 1992 à la Banque Commerciale du Maroc, a évolué chez Attijariwafa Bank dans le financement de l'investissement, l'immobilier, le tourisme et les relations avec les grandes entreprises, avant de diriger le pôle Risques et Engagements de la BCP. C'est ce poste qui l'a conduite à la présidence du groupe.
Quels sont les défis de Naziha Belkeziz à la tête du groupe BCP ?
Trois chantiers occupent sa direction : poursuivre l'ancrage du groupe en Afrique subsaharienne après l'acquisition d'Atlantic Business International, accélérer la transformation numérique de la banque et de ses 3,5 millions d'utilisateurs mobiles, et soutenir le financement des TPE et des entrepreneurs marocains tout en maintenant la qualité du portefeuille de crédits.