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Union Marocaine des Banques (UMB) : histoire et héritage d'une banque sous administration

Union Marocaine des Banques (UMB) : histoire et héritage d'une banque sous administration

L'Union Marocaine des Banques — UMB — est l'un des établissements les plus anciens et les plus singuliers du paysage bancaire marocain. Contrairement à ce que l'on lit parfois, elle n'a jamais été absorbée par la BMCI ni par BNP Paribas : elle est placée sous administration provisoire depuis 1967, une situation unique en Europe ou en Afrique du Nord. Voici l'histoire documentée de cette banque, ses actionnaires, sa tutelle et son héritage.

Création de l'Union Marocaine des Banques : des dates qui divergent

Les sources disponibles ne concordent pas sur l'année de fondation de l'Union Marocaine des Banques, et il serait malhonnête de trancher sans le dire. La nomenclature des établissements de crédit reprise de Bank Al-Maghrib indique 1946 comme année d'agrément ; certains annuaires professionnels mentionnent 1956 ; une thèse universitaire sur les fusions-acquisitions bancaires au Maroc, s'appuyant sur la synthèse des rapports annuels de Bank Al-Maghrib, date de 1964 la fusion qui a donné naissance à l'UMB (theses.hal.science, fusions-acquisitions bancaires au Maroc).

Ce qui est attesté, en revanche, tient en trois points. D'abord, l'UMB existait bel et bien avant la fin des années 1960 et a absorbé, au lendemain de l'indépendance du pays, la Banco Inmobiliario de Marruecos, qui détenait un portefeuille immobilier important dans le nord du Maroc. Ensuite, son capital s'est très tôt éclaté entre plusieurs centaines de personnes physiques — dont, selon la presse économique, les princes Moulay Abdellah et Moulay Ali, mais aussi des actionnaires étrangers, espagnols et américains —, une structure qui a paralysé ses assemblées générales. Enfin, cette dispersion a rendu impossible la constitution d'un bloc d'actionnaires capable de piloter la société (La Vie Éco, « un provisoire qui dure depuis 40 ans »).

ÉlémentDonnée documentée
DénominationUnion Marocaine des Banques (UMB)
SiègeCasablanca, 36 rue Tahar Sebti
Année d'agrément1946 (nomenclature Bank Al-Maghrib), 1956 ou 1964 selon les sources
Statut administratifAdministration provisoire continue depuis 1967
Gestion actuelleSMGGDB, accréditée par Bank Al-Maghrib en 2019
Réseau historiqueSix agences (début des années 2010)
Total bilan historiqueEnviron 1 Md DH (fin des années 2000)

UMB et BMCE : une tutelle de plus de quarante ans

1967 est l'année charnière. Les autorités monétaires retirent l'UMB du conseil d'administration de ses propres actionnaires et la placent sous l'administration de BMCE Bank, alors banque publique. Ce sont les années de mauvaise gestion qui ont conduit à cette mesure : une assemblée générale qui ne parvenait plus à réunir le quorum, un actionnariat éparpillé, des intérêts divergents. BMCE a donc géré la banque « par procuration » pendant quarante ans, avec pour mission de préserver les dépôts des épargnants.

Cette gestion a également pris une forme capitalistique : selon la synthèse de Bank Al-Maghrib déjà citée, BMCE aurait acquis la totalité des titres de l'Union Marocaine des Banques en 1974, alors qu'elle en assurait déjà la gestion depuis 1967. Quoi qu'il en soit, la situation institutionnelle restait figée : l'article 93 de la loi 34-03 relative aux établissements de crédit interdit à un administrateur provisoire d'acquérir ou d'aliéner des actifs sans autorisation préalable de Bank Al-Maghrib, ce qui a empêché pendant des décennies toute extension du réseau.

En juillet 2007, BMCE — privatisée depuis 1995 et devenue Bank of Africa — a rendu le tablier. La gestion provisoire a alors été confiée à un commissaire d'État. La banque n'a pas retrouvé son conseil d'administration d'origine : l'administration provisoire, initialement exceptionnelle, est devenue la règle.

L'UMB n'a jamais été absorbée par la BMCI ni par BNP Paribas

C'est le point le plus important de cette fiche : aucune source sérieuse ne crédite d'une absorption de l'UMB par la BMCI ou par BNP Paribas, ni à une année que ce soit. La BMCI — filiale marocaine du groupe BNP Paribas — a certes réalisé des opérations de fusion-absorption, mais une autre : en 2001, elle a racheté ABN Amro Bank Maroc pour 275,8 millions de dirhams, absorption approuvée par les assemblées générales le 2 novembre 2001 (histoire du groupe BMCI). L'UMB n'apparaît nulle part dans cette chronologie.

Le rapprochement qui a failli changer la donne est d'une autre nature. En janvier 2012, Qatar National Bank (QNB) a signé un accord pour prendre une participation majoritaire dans l'UMB, banque alors décrite comme comptant six agences et un produit net bancaire inférieur à 40 millions de dirhams (Agence Ecofin, janvier 2012). L'opération, soumise aux autorisations des deux pays, n'a jamais été finalisée.

Depuis, c'est l'institution d'État dédiée qui pilote le dossier. La Société Marocaine de Gestion et de Garantie des Dépôts Bancaires (SMGGDB), ex-fonds de garantie, a vu sa mission élargie à l'administration des banques défaillantes et a nommé un nouvel administrateur provisoire de l'UMB en septembre 2015 — acte qui confirmait l'échec du rapprochement avec QNB (Challenge.ma, 10 septembre 2015). En 2019, cette même société a été accréditée par Bank Al-Maghrib pour la gestion de la banque (liste des banques au Maroc, d'après le Bulletin Officiel).

Où en est l'UMB aujourd'hui et quel est son héritage

L'Union Marocaine des Banques figure toujours sur la liste des établissements de crédit agréés : elle n'a été ni dissoute, ni radiée, ni intégrée à un autre groupe. Elle conserve un siège à Casablanca et des agences en activité, dont celle de Tétouan, au centre d'une affaire de détournement de dépôts révélée à partir de 2024 et instruite après une alerte de Bank Al-Maghrib ; plusieurs employés ont été entendus devant le procureur général près la Cour d'appel de Rabat en juillet 2025 (TelQuel, juillet 2025). L'épisode illustre la fragilité d'une institution qui vit sous tutelle depuis près de soixante ans.

Son héritage se lit à trois niveaux. Pour l'histoire bancaire, l'UMB est l'un des derniers témoins de la première vague de concentration marocaine — la thèse citée plus haut recense une dizaine d'opérations entre 1959 et 1974, ayant fait passer le nombre de banques de 29 en 1956 à 15 en 1975. Pour les épargnants, elle rappelle que la garantie des dépôts et la supervision de Bank Al-Maghrib sont le véritable filet de sécurité : le fonds de garantie est devenu gestionnaire faute d'un acquéreur. Pour les investisseurs, elle offre un cas d'école : sans bloc d'actionnaires ni gouvernance réunie, une banque peut rester « sous administration provisoire » indéfiniment.

À comparaison, les banques solidement actionnées ont pu absorber leurs concurrents : Arab Bank Maroc appartient à un groupe familial jordanien intégré, CIH Bank est adossée à la Caisse de Dépôt et de Gestion. L'UMB, elle, n'a jamais trouvé son propriétaire de référence.

FAQ : l'Union Marocaine des Banques en bref

L'UMB a-t-elle été absorbée par la BMCI ou BNP Paribas ?

Non. Aucune source ne mentionne une absorption de l'Union Marocaine des Banques par la BMCI ou par BNP Paribas. La BMCI a absorbé ABN Amro Bank Maroc en 2001, pas l'UMB. Celle-ci est sous administration provisoire continue depuis 1967 et reste un établissement de crédit indépendant de tout groupe.

Qui gère l'Union Marocaine des Banques actuellement ?

Depuis 2015, la Société Marocaine de Gestion et de Garantie des Dépôts Bancaires (SMGGDB) administre la banque, avec un mandat accru puis accrédité par Bank Al-Maghrib en 2019. Avant elle, BMCE Bank assurait la gestion par procuration de 1967 à juillet 2007, puis un commissaire d'État a pris le relais.

Peut-on encore ouvrir un compte à l'UMB ?

La banque reste agréée et dispose d'agences en activité, dont celle de Tétouan. En pratique, son réseau historique se limitait à six agences et son total bilan à environ un milliard de dirhams : il s'agit d'un établissement de petite taille, dont la capacité de développement est encadrée par les autorisations de Bank Al-Maghrib.

L'histoire de l'UMB est celle d'une banque survivante plutôt que rachetée : soixante ans d'administration provisoire, un capital éclaté, et un avenir toujours indécis. Pensez-vous qu'une absorption par un groupe de taille réelle serait la seule issue crédible, ou qu'une recapitalisation des actionnaires historiques reste envisageable ? Dites-nous ce que vous en pensez en commentaire.

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Redaction

Auteur chez Maroc Entreprise