Cosumar est le seul opérateur sucrier du Maroc. La société raffine le sucre brut importé, transforme la betterave et la canne cultivées dans le Royaume, et couvre la totalité des besoins nationaux en sucre blanc. Elle est née à Casablanca en 1929 sous le nom COSUMA, avant de prendre celui de Cosumar en 1967 et d'entrer à la Bourse de Casablanca en 1985. Le groupe affiche 10,2 milliards de dirhams de chiffre d'affaires en 2024 et 10,5 milliards en 2025, avec sept sucreries, deux raffineries et 853 000 tonnes exportées l'an dernier.
Cosumar, une histoire qui commence en 1929
Avant la betterave, il y eut le raffinage. En avril 1929, la Société Nouvelle des Raffineries de Sucre Saint-Louis de Marseille installe une usine dans le quartier des Roches Noires, à Casablanca. L'usine démarre à 100 tonnes de sucre par jour, presque entièrement sous forme de pains de sucre, et cette cadence n'est atteinte qu'en 1932. Le Royaume produit alors très peu de plantes sucrières : la valeur tient au raffinage du sucre brut importé, un modèle que le groupe n'a jamais vraiment quitté.
Tout change au 1er janvier 1967. Des accords conclus entre l'État marocain et la société aboutissent à la création de Cosumar, dirigée par la famille Maaouni, dans laquelle l'État acquiert 50 % du capital. L'entreprise garde le sigle qui restera : COSUMAR, la Compagnie sucrière marocaine. La raffinerie de Casablanca s'appuie alors sur les sucreries de Doukkala, à Zemamra et Sidi Bennour, où la betterave commence à se cultiver à grande échelle.
L'entrée en Bourse de 1985 et les sucreries publiques rachetées en 2005
Cosumar est introduite en Bourse des valeurs de Casablanca en 1985. Le groupe ONA, holding de référence du Royaume, en prend le contrôle.
En 2005, Cosumar rachète les quatre sucreries publiques du pays : Suta, dans le Tadla, créée en 1971, Surac, à Mechra Bel Ksiri, Sunabel, dans le Gharb-Loukkos, et Sucrafor. Le groupe compte alors cinq sociétés spécialisées dans l'extraction, le raffinage et le conditionnement du sucre, avec des marques régionales : El Bellar pour Sunabel, Al Kasbah pour Surac, La Gazelle pour le site de Zaio, dans l'Oriental.
L'ambition sort du territoire. En 2016, Cosumar investit dans une raffinerie d'Arabie Saoudite, dans la ville de Yuban, aux côtés de Wilmar International et d'entreprises locales ; le chantier démarre en 2017 pour une capacité annoncée de 840 000 tonnes par an. La participation est cédée en 2023, et la plus-value de cession explique l'essentiel du résultat net record de l'exercice de cette année-là.
Les usines de Cosumar : sept sucreries et deux raffineries
Le dispositif actuel tient en deux lignes : sept sucreries régionales et deux raffineries de sucre brut. La nouvelle raffinerie de Sidi Bennour, mise en service en septembre 2024 avec une capacité de 500 000 tonnes, porte la capacité totale du groupe à 2,5 millions de tonnes de sucre blanc par an. Le groupe y ajoute 450 000 tonnes de stockage en sucre brut et 500 000 tonnes en sucre blanc, pour un investissement cumulé de 10 milliards de dirhams dans son outil industriel.
Les produits finis partent sous la marque Enmer : granulé, morceaux, lingot. Le réseau commercial dessert 2 161 points de vente dans le Royaume, 76 clients industriels, 260 grossistes et 1 818 enseignes de grande distribution, selon le rapport financier annuel 2025.
En amont, le groupe pilote une filière de plus de 80 000 agriculteurs partenaires, accompagnés depuis 2008. La campagne 2024-2025 a sorti plus de 2 millions de tonnes de betterave, en progression de 74 % sur un an, et près de 278 000 tonnes de canne : au total, 281 000 tonnes de sucre blanc issu des plantes locales, en hausse de 50 %. Ces betteraves se nourrissent d'engrais phosphatés produits au Maroc, la filière qu'a rebâtie le Groupe OCP depuis Khouribga. Le financement de la campagne, lui, passe par les institutions agricoles, dont le Crédit Agricole du Maroc, banque de référence des producteurs.
Cosumar en chiffres : 10,2 milliards en 2024, 10,5 en 2025
En 2024, le chiffre d'affaires consolidé de Cosumar s'établit à 10 238,6 millions de dirhams, en progression de 0,1 %, soutenu par le marché national (+2,6 %) et par des volumes d'export en hausse de 10 %. Le résultat net part du groupe ressort à 850 millions de dirhams, contre 1 009 millions en 2023, année gonflée par la cession de la raffinerie saoudienne. L'excédent brut d'exploitation consolidé atteint 1 758 millions de dirhams. Côté comptes sociaux, Cosumar SA affiche 9 643 millions de dirhams de chiffre d'affaires et 938 millions de résultat net.
2025 confirme la trajectoire. Le chiffre d'affaires consolidé atteint 10 487,1 millions de dirhams, en progression de 2,4 %, avec un résultat net part du groupe de 704 millions de dirhams et un excédent brut d'exploitation de 1 668 millions. La production de sucre blanc du groupe approche les 2,09 millions de tonnes, alors que la consommation nationale plafonne à 1,23 million de tonnes : Cosumar couvre 100 % des besoins du marché local et propose un dividende de 10 dirhams par action.
Le contexte n'a pas été simple. Le stress hydrique a pesé sur les campagnes agricoles, et le résultat d'exploitation courant recule de 3 % à 1 298 millions de dirhams. La progression du chiffre d'affaires tient donc à l'export et aux volumes, pas à la marge.
Cosumar à l'export : 853 000 tonnes et l'objectif du million
En 2024, Cosumar a exporté 653 000 tonnes de sucre blanc, ce qui porte le cumul des exportations à plus de 5 millions de tonnes depuis 2014, sur 80 pays. Le record revient en 2025 : 853 000 tonnes expédiées selon la presse économique, le rapport financier annuel annonçant de son côté plus de 851 000 tonnes vers plus de 90 pays. L'objectif affiché est le million de tonnes dès 2026.
Pour y parvenir, le groupe s'appuie sur la raffinerie de Sidi Bennour et sur la Doukkala, qui a obtenu la certification FSSC 22 000 ainsi que les labels Halal et Kosher, indispensables sur les marchés du Golfe et d'Afrique. Les ventes à l'export échappent au système national de subvention du sucre : elles relèvent du régime d'admission temporaire, ce qui les rend directement exposées aux cours mondiaux.
Un nouveau directeur général à la tête de Cosumar en septembre 2025
Le 26 septembre 2025, le conseil d'administration nomme Imad Ghammad directeur général de Cosumar, en remplacement de Hassan Mounir, parti après quarante ans passés dans le groupe et dans la filière sucrière. Ghammad a rejoint Cosumar en 2006 comme responsable de la gestion des risques, a dirigé les approvisionnements et le commerce, puis a été directeur général adjoint en décembre 2023. Ingénieur formé en France, il a gravi les échelons à l'intérieur de la maison.
La feuille de route annoncée tient en trois points : poursuivre la transformation numérique, renforcer la compétitivité de l'outil industriel et diversifier les activités. Le groupe évoque déjà de nouvelles unités, dont la production de CO₂ liquide, pour appuyer la croissance au-delà du sucre. À plus court terme, la filière vise 60 000 hectares de betterave et 10 000 hectares de canne pour la campagne 2026-2027, avec un objectif de 620 000 tonnes de sucre blanc produit localement à l'horizon 2030.
Questions fréquentes sur Cosumar
Quand Cosumar a-t-elle été créée ?
La première usine de Cosumar ouvre en 1929 à Casablanca, sous le nom COSUMA, avec une capacité de 100 tonnes de sucre par jour. La société prend le nom de Cosumar en 1967, lorsque l'État marocain acquiert 50 % de son capital, puis elle entre à la Bourse de Casablanca en 1985.
Quel est le chiffre d'affaires de Cosumar ?
Le chiffre d'affaires consolidé de Cosumar atteint 10,2 milliards de dirhams en 2024, pour 850 millions de dirhams de résultat net part du groupe. En 2025, il progresse de 2,4 % pour atteindre 10,5 milliards de dirhams, avec un résultat net part du groupe de 704 millions de dirhams et un excédent brut d'exploitation de 1 668 millions.
Cosumar exporte-t-elle du sucre ?
Oui. Cosumar a exporté 653 000 tonnes de sucre blanc en 2024, puis 853 000 tonnes en 2025 selon la presse économique, vers plus de 80 pays. Le groupe vise le million de tonnes dès 2026, avec une capacité de production de 2,5 millions de tonnes par an répartie sur sept sucreries et deux raffineries.