Mohamed Bachiri est l'un des industriels marocains dont le parcours se confond, presque étape pour étape, avec la montée en puissance de l'automobile nationale. Né en 1965, lauréat de l'université de Lille et titulaire d'un European Executive MBA de l'ESCP, il a d'abord exercé le métier des ressources humaines avant de basculer côté production. Depuis le 1er décembre 2021, il dirige Renault Group Maroc tout en demeurant directeur de l'usine de Tanger et coordinateur du pôle industriel marocain du groupe français. Voici le portrait d'un manager qui a construit sa carrière à l'intersection du capital humain, de l'industrie et du dialogue institutionnel.
Sommaire
- Mohamed Bachiri : un parcours forgé entre RH et industrie
- Mohamed Bachiri et l'usine Renault-Nissan de Tanger
- Le Maroc, base industrielle majeure de Renault
- Distinctions et engagement institutionnel
- Le parcours de Mohamed Bachiri en un tableau
- Ce que les managers peuvent retenir
- Questions fréquentes
- Conclusion
Mohamed Bachiri : un parcours forgé entre RH et industrie
La trajectoire de Mohamed Bachiri commence loin des chaînes d'assemblage. De 2000 à 2006, il occupe des postes de pilotage en ressources humaines au sein du groupe Lafarge Maroc. C'est là qu'il apprend ce qu'aucune formation technique ne donne : recruter, former et fidéliser des équipes dans un environnement industriel exigeant. Cette double culture — personnes d'abord, procédés ensuite — restera sa signature de manager.
En 2006, il rejoint Renault Maroc comme directeur des ressources humaines du groupe. Il devient alors le premier Marocain à travailler sur le projet de l'usine Renault-Nissan de Tanger. Le chantier est pharaonique : il s'agit de bâtir une usine de dimension mondiale dans un pays qui structurait à peine sa filière automobile. Selon les informations rendues publiques par le groupe, Mohamed Bachiri se consacre dès 2009 à l'investissement en capital humain nécessaire au lancement de cette usine, présentée à l'époque comme la plus grande d'Afrique.
Le 9 février 2012, en marge de l'inauguration de l'usine, le roi Mohammed VI le décore. La CGEM mentionne l'attribution de l'Ouissam du Mérite National au grade d'officier, en reconnaissance d'une contribution directe au lancement du projet. C'est la première consécration publique d'un parcours qui ne fait que s'accélérer.
Mohamed Bachiri et l'usine Renault-Nissan de Tanger
Avant de prendre la direction de l'usine, Mohamed Bachiri fait une incursion hors du groupe. De 2012 à 2013, il assure la mission de conseiller au commerce extérieur français auprès de l'ambassade de France au Maroc. Cette parenthèse institutionnelle lui donne une lecture macroéconomique du commerce bilatéral qu'il remobilisera plus tard dans ses fonctions patronales.
De 2013 à 2015, il s'expatrie au sein de Renault Espagne, où il occupe des postes de responsabilité en manufacturing. Le volet industriel devient alors le cœur de son métier : organisation des lignes, productivité, qualité, coordination des équipes de production. Un passage décisif pour qui ambitionnait de diriger une usine.
En 2015, retour au Maroc : Mohamed Bachiri prend les rênes de la Somaca, l'usine historique du groupe à Casablanca. Selon la CGEM, il devient le premier Marocain à diriger à la fois la Somaca, en 2015, puis l'usine de Renault Group à Tanger, en 2020. Une trajectoire que l'original de ce portrait résumait ainsi : l'unique Marocain à avoir été directeur général d'une usine du Groupe Renault.
Le 1er décembre 2021, il est nommé directeur de Renault Group Maroc, en remplacement de Marc Nassif, en poste depuis 2016. La première direction de pays assurée par un Marocain dans l'histoire du groupe. Il conserve simultanément la direction de l'usine de Tanger et la coordination du pôle industriel marocain : une charge triple que peu de dirigeants cumuleraient.
Le Maroc, base industrielle majeure de Renault
Pour comprendre la responsabilité de Mohamed Bachiri, il faut regarder les chiffres du pôle qu'il coordonne. Renault Group indique avoir produit plus de 394 000 véhicules au Maroc en 2025, sur ses sites de Tanger et de Casablanca, faisant du royaume sa deuxième base industrielle mondiale par les volumes : un véhicule vendu par le groupe à l'international sur six est désormais fabriqué au Maroc. Le même communiqué évoque des investissements cumulés de l'ordre de 10 milliards de dirhams et la création de 50 000 emplois directs et indirects.
Tout n'est cependant pas linéaire. Mohamed Bachiri a lui-même confirmé que le projet d'extension de l'usine de la Somaca avait été suspendu dans le cadre du plan d'économies du groupe, tout en laissant ouverte une reprise « dès que les conditions seront réunies », en concertation avec le groupe et le ministère superviseur. Une déclaration qui résume bien sa manière de piloter : annoncer les arbitrages sans fermer les portes.
Distinctions et engagement institutionnel
Le parcours de Mohamed Bachiri ne se limite pas à l'entreprise. En 2018, il préside la commission Solutions sectorielles de la CGEM, où il porte les questions industrielles de la confédération. Plus récemment, la CGEM l'a désigné vice-président général, un rôle qui lui donne voix au chapitre sur les sujets de compétitivité et d'industrialisation.
En 2019, il est décoré du titre de chevalier de la Légion d'honneur de la République française, « pour son engagement dans le renforcement des relations franco-marocaines », selon la mention de l'époque. Une distinction qui couronne une carrière construite sur le terrain, entre deux pays et deux cultures d'entreprise.
Le parcours de Mohamed Bachiri en un tableau
| Période | Fonction | Organisation |
|---|---|---|
| 2000 – 2006 | Postes de pilotage en ressources humaines | Lafarge Maroc |
| 2006 – 2013 | Directeur des ressources humaines du groupe | Renault Maroc / projet Renault-Nissan Tanger |
| 2012 | Décoration par le roi Mohammed VI | Ouissam du Mérite National |
| 2012 – 2013 | Conseiller au commerce extérieur français | Ambassade de France au Maroc |
| 2013 – 2015 | Responsabilités en manufacturing | Renault Espagne |
| 2015 – 2020 | Directeur général | Somaca (Casablanca) |
| 2018 | Président de la commission Solutions sectorielles | CGEM |
| 2019 | Chevalier de la Légion d'honneur | République française |
| Depuis 2021 | Directeur Renault Group Maroc, DG de l'usine de Tanger, coordinateur du pôle industriel Maroc | Renault Group |
Ce que les managers peuvent retenir du parcours de Mohamed Bachiri
Trois leçons se dégagent. La première : la fonction RH n'est pas une salle d'attente avant l'exploitation, elle est une école du leadership industriel. La deuxième : l'international construit, l'aller-retour professionnel aussi — l'Espagne, l'ambassade et le retour au Maroc forment un triptyque qui élargit la capacité de décision. La troisième : un dirigeant crédible s'enracine dans son territoire et dans ses pairs. Pour approfondir ce dernier point, nos articles sur le développement de la cohésion d'équipe et l'antimanuel de l'entrepreneur, l'audace de voir grand détaillent ces mécanismes.
Questions fréquentes
Quel est le poste actuel de Mohamed Bachiri ?
Depuis le 1er décembre 2021, Mohamed Bachiri est directeur de Renault Group Maroc. Il conserve la direction de l'usine Renault Group de Tanger et la fonction de coordinateur du pôle industriel marocain du groupe.
Pourquoi le parcours de Mohamed Bachiri est-il considéré comme atypique ?
Parce qu'il est passé des ressources humaines à la direction d'usine. DRH à Lafarge Maroc puis à Renault, il a ensuite dirigé la Somaca avant de prendre l'ensemble du pôle marocain : un profil rare dans l'industrie automobile, où les dirigeants sortent généralement des écoles d'ingénieurs.
Quelles distinctions a reçues Mohamed Bachiri ?
Il a été décoré en 2012 par le roi Mohammed VI, en marge de l'inauguration de l'usine de Tanger, puis nommé chevalier de la Légion d'honneur française en 2019, en reconnaissance de son rôle dans les relations franco-marocaines.
Conclusion
Le parcours de Mohamed Bachiri raconte une époque : celle où le Maroc est devenu un acteur industriel automobile de premier plan, avec un manager marocain aux commandes du pôle local de Renault. RH, manufacturing, ambassade, Somaca, Tanger, CGEM : chaque étape a ajouté une couche de compétence à la précédente. Et vous, quelle partie de ce parcours — la mobilité internationale, le passage en RH, ou l'enracinement industriel — vous inspirez-vous pour votre propre équipe ?